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J’éthologie donc je suis..

Quand on pense éthologie on s'imagine faire ça...

Quand on pense éthologie on s’imagine faire ça…

Mais voilà ce qui peut aussi arriver:

L’autre jour je vois une propriétaire qui lâche son cheval dans le rond de longe. Elle court un peu derrière avec sa chambrière, il galope et puis paf le drame: il s’arrête à l’autre bout du rond de longe (qui est un peu grand à sa décharge), la narguant légèrement.

Je n’ai pas tout suivi mais là voilà qui s’approche de lui, tend sa main en guise de proposition d’amitié et re-paf (attention comique de répétition) coup de chambrière pour le faire déguerpir.

Cette session s’est finalisée par le cheval arrêté à l’autre bout du rond, mais une proprio qui avait l’air satisfaite.

Mais que faisait elle donc? Un join-up évidemment.

Mais oui cette technique d’éthologie consistant à faire fuir le cheval pour lui signifier que vous êtes le chef jusqu’à temps qu’il accepte de revenir vers vous dès que vous relâchez la pression sur lui. Vous devenez donc le dominant et le cheval s’en remet à vous avec joie (parce que c’est moins fatigant de s’en remettre au chef que de réfléchir, et ça c’est valable pour les chevaux comme les humains)

Voilà donc une nouvelle « discipline » équestre qui marche fort. Nous parlons d’éthologie équestre et non pas d’éthologie scientifique (étude du comportement du cheval dans son milieu naturel, s’il existe encore d’ailleurs).

Le but de la manoeuvre est assez séduisant: s’appuyer sur le comportement naturel du cheval pour le comprendre et le dresser au mieux. L’idée vient des hommes de cheval travaillant en équitation western qui ont eu l’idée de comprendre le cheval plutôt que de le brimer.

Mais voilà comme toute discipline/mode il y a la théorie et la mise en pratique.  Pour ma part je n’entend pas que mon cheval me prenne pour l’un des siens (dominant ou non) car je ne sais pas vraiment galoper ni faire le flehmen. Mais comme je suis ouverte d’esprit je me suis renseignée et j’ai même pris cette option au BPJEPS (je ne recule devant sacrifice!).

De part mon expérience je vais donc pulvériser quelques lieux communs:

1 ) Le licol éthologique est plus « doux » pour mon petit chéri d’amour: FAUX ! Les noeuds sont situés à des endroits stratégiques qui appuient sur des zones hyper sensibles de la tête. Et oui, les cowboys ne sont pas fous .. faut quand même pouvoir maîtriser les 500 kg qui sont devenus ton meilleur ami.

2) Le join-up permet de développer une vraie complicité (mot très à la mode) avec ton meilleur nouvel ami. FAUX! Des études scientifiques (j’ai le lien quelque part mais j’ai la flemme de le retrouver) ont montré que bloquer plusieurs fois de suite le cheval quand il fuit, lui fait secréter certaines hormones. Les mêmes en fait que les proies (comme la gazelle) secrètent lorsqu’elles sont bloquées par un prédateur après une fuite, celles-ci « droguent » l’animal pour mieux le préparer à mourir sans trop souffrir (glamour isnt’it?).. cette méthode menée de façon trop violente peut causer des dommages irrémédiables dans le cerveau, laissant le cheval léthargique à vie, comme lobotomisé (au moins il bougera plus et sera votre meilleur ami mollusque à vie, quelle belle complicité..)

Evidemment tout n’est pas à jeter dans ces méthodes, les méthodes de désensibilisation ont porté leurs fruits plus d’une fois. Et chercher à résoudre des problèmes à pied avant de le faire à cheval est souvent utile pour le cavalier qui tient à sa vie.

La seule chose qu’il faut garder en tête c’est que peu importe la méthode utilisée, on ne remplace pas les années d’expérience. Faire les jeux de Parelli ne vous feront pas traverser la flaque qui fait peur à cheval si vous n’avez pas l’expérience, au mieux ils vous rassureront, et c’est déjà pas mal! Andy Booth (qui a porté l’éthologie en France) est un homme de cheval avant tout. Même en essayant de faire pareil que lui on n’arrivera pas au même résultat, car le timing, la posture et la personnalité font l’homme de cheval..

Il reste trop souvent cette idée que l’éthologie est inoffensive, qu’on peut débuter le travail en liberté seul sans encadrement et que c’est le seul moyen de nouer de vrai lien avec son cheval (alors que l’emmener brouter c’est bien aussi..). Au final on voit de nombreux cavaliers qui ne maîtrisent ni l’éthologie, ni l’équitation classique et sont complètement dépassés par leurs chevaux.

Rester ouvert d’esprit, continuer à tester des choses nouvelles..mais gardons du recul pour proposer à nos équidés des solutions de travail adaptées qui feront la vraie complicité!