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Je suis BPJEPS mais je me soigne

Lecture de L’EPERON de décembre 91… Il y a 20 ans on s’inquiétait déjà du niveau des moniteurs et de la réforme des galops. Si ça fait 20 ans que les moniteurs sont de plus en plus nuls bientôt on devrait donc toucher le fond … ?

Pour les BPJEPS, le constat est le même, où que j’aille j’entend les cavaliers et  professionnels parler du niveau catastrophique des moniteurs diplômés depuis 2003.  Je fais moi même partie de cette espèce décriée  et je comprend les griefs parfois justifiés de nos détracteurs. Cours déstructurés, distances à l’obstacle approximatives, dispositifs dangereux, certains moniteurs n’ont peur de rien et n’allez surtout pas leur parler de plan de formation, mot barbare qui voudrait dire qu’ils travaillent leurs cours à l’avance afin d’optimiser la progression de leurs élèves dans la sécurité. La liste est longue, surtout quand on voit certains fraîchement diplômés d’à peine 20 ans ne doutant pas un seul instant de leur qualité à cheval ( ils se sont péniblement hissés dans les limbes du classement d’une 120, l’ultime Graal ! ), venir demander comment muscler un cheval.

Mais d’abord récapitulons un peu les choses et rétablissons la vérité parmi quelque lieux communs:

– Les BPJEPS sont pris en formation à partir du galop 4 : n’exagérons pas ! Même si galop 5 peut tout à fait faire l’affaire, il est requis au moins le galop 6 pour rentrer en formation , suivi d’une série de tests sur le plat, l’obstacle et le travail à pied.

Mais c’est à la discrétion du centre formateur, voici le texte officiel:

N.B. aucun diplôme équestre n’est requis pour se présenter aux sessions d’évaluation des exigences préalables. Mais le formateur a
le loisir de poser ses propres conditions d’entrée en formation dans son établissement et pour cela le centre de formation peut
réaliser des tests d’entrée indépendamment des exigences réglementaires préalables à l’entrée en formation (VEP).

– Les BPJEPS ont des tests de sortie ridicules, ils sautent 1 m en parcours et ont une reprise de dressage de niveau inférieure au galop 7.  Pour la reprise de dressage du galop 7, les textes officiels proposent les difficultés suivantes: cession à la jambe au trot, galop à droite/trot/galop à gauche, épaules en dedans aux 2 mains. On rajoute à l’examen BPJEPS la tête au mur et le changement de pied de ferme à ferme. Pour l’obstacle, le but n’est pas d’enchaîner un parcours à 1.05/1.10m, mais d’expliquer techniquement la qualité de la prestation et de donner des propositions d’exercices pour l’améliorer. C’est la seconde partie qui pose le plus de problèmes aux stagiaires …

Voilà pour les demandes officielles. Je rappelle qu’au BEES 1, on ne demandait à enchaîner 120 qu’aux cavaliers ayant pris l’option CSO, les autres faisaient un parcours à 1.05/1.10m.

La réalité de la formation BPJEPS consiste le plus souvent à exécuter les taches dites « ingrates » dans les centres équestres tuteurs: faire les boxes, les cours baby poney et shetlands et les débutants. Lâchés le plus vite possible en autonomie  pour délester les tuteurs et leurs salariés de ces cours, qui pourtant ne sont pas les plus faciles à gérer, que ce soit pour la sécurité des élèves mais aussi la construction de bases solides pour leur équitation future. Peu importe que cette formation dure un an ou deux pour la plupart des clubs, vu qu’ils bénéficieront d’une nouvelle « fournée » l’année suivante. OUF ! Les stages d’été seront donc assurés !

Les jeunes apprentis sont souvent stressés par les examens et ont peur de rater le fameux sésame qui leur permettra de s’asseoir au milieu de la carrière pour dire :  « Enlevez vos étriers, on va sauter .. ah ! ah ! je rigole  »

Mais je les rassure, les financements  dépendent du nombre d’élèves qui rentrent mais aussi sortent diplômés. Il n’est donc pas vraiment intéressant pour les formateurs de « planter » les futurs moniteurs, car l’année suivante ils en auront moins pris en charge pour s’occuper des cours baby poney. Mauvais plan de planter!

C’est donc avec 95% de réussite que les bébés moniteurs quittent le nid pour s’envoler vers le vaste marché du travail (ceci est un oxymore bien évidemment … )

C’est là que la réalité du marché saturé du travail les rattrape. Les écuries fleurissent, mais les postes à temps plein sont rares. Les écuries installées souffrant de la prolifération des écoles d’équitation et du manque de sérieux de certains moniteurs, réduisent leurs effectifs. Pourtant chaque année de plus en plus de moniteurs sont lâchés dans le monde équestre ( l’activité de formation étant lucrative … ).

Maintenant vous allez me dire « C’est normal qu’ils ne trouvent pas de travail  ils sortent en concours club, comment veux -tu qu’ils apprennent à monter aux élèves s’ils ont le même niveau? ».

Alors certes, il est difficile de coacher  un amateur quand on a soit même un niveau inférieur sur le papier (pas les mêmes chevaux peut-être, ni les mêmes moyens pour sortir en concours?). Mais là n’est pas la question puisque les prérogatives du BPJEPS s’arrêtent au niveau amateur 4. Si vous voulez être entraînés pour aller en amateur, prenez un instructeur !

Mais de toute façon on parle souvent de manque de technique alors que la politique de la FFE ne va pas vraiment dans ce sens. Les clubs doivent attirer le client, ils essaient de le séduire avec des pratiques de plus en plus ludiques, de moins en moins techniques. Combien de fois ai-je entendu qu’on doit proposer un loisir, les enfants viennent pour se détendre, s’amuser.  Et c’est vrai qu’à la moindre « boulette », comme un galop non validé malgré un stage payé, ils partent chez le voisin. Certes il existe des moyens ludiques pour proposer une équitation construite, mais la formation reste assez légère pour être vraiment pointue.

Les gens critiquent le niveau des moniteurs, mais ces derniers sont tenus de jouer les Chantal Goya dans la carrière et animer les goûters d’anniversaire. Un cavalier sortant en 130 tous les week-end (qu’il n’aura plus de disponible par ailleurs) se pliera-t-il à ce jeu longtemps pour un salaire de 80% du smic (s’il n’est pas à temps plein bien sûr)?

Au milieu de ce tableau un peu noir où le serpent se mord la queue, il y existe des moniteurs motivés, pédagogues et techniciens. D’ailleurs il y a aussi des BEES 1 qui sont nuls. Et ceux qui prônent un discours nostalgique des années où l’on souffrait en mise en selle sous les ordres du moniteur sévère seraient étonnés de la vitesse à laquelle on perd des clients avec ces méthodes un peu musclées.

Il est facile de pester contre le niveau médiocre des moniteurs, mais on peut aussi en changer et trouver des gens compétents, car il en existe encore plein, mais cela a souvent un prix, celui de la qualité. Même s’il est difficile de juger d’un enseignant quand on commence à monter et que les parents sont souvent abusés par les phrases enjôleuses de certains moniteurs distribuant leurs galops avec générosité tout en pérorant sur leur talent .

« Je sortais en compétition » (les clients ne connaissent pas FFE compet), « Je suis juge de dressage » (ils entendent « je monte en st Georges »), et le fameux : je saute 1 mètre devant les galops 1 ébaïs sans le casque tellement je suis fort

Il y a des moniteurs qui continuent de se former, de travailler et gardent la motivation pour transmettre ce qu’ils aiment, malgré l’harmonisation des diplômes et les craintes d’augmentation de la T.V.A..

A vous de les trouver!

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