Jette ton cœur par dessus l’obstacle …

Avec un telle fougue dans son regard, nul doute que son poney ira au bout du monde !

Avec un telle fougue dans son regard, nul doute que son poney ira au bout du monde !

Parfois j’apprécie autant de regarder un concours que d’y participer. Quand on est spectateur, on peut voir les caractères des différents cavaliers, et moi j’aime ça. Je me lance dans la psychologie de comptoir, assise confortablement une bière à la main.

Attention je fais aussi de l’analyse fine et méthodique afin de vous livrer de nouvelles théories équestres improbables révolutionnaires. Aujourd’hui dissertation :

Le caractère du cavalier a-t-il plus d’influence que sa technique lors d’un concours de CSO ?

Vous avez 4 heures.

Revenons à la source de ce questionnement. Moi évidemment.

L’autre dimanche, je parcourais gaillardement mon épreuve très attachée à bien suivre les conseils du Tout Puissant (pas Dieu, l’Instructeur). Déboutée de ma demande de sans faute  par une barre dès le numéro 3, je n’avais plus aucune pression, hormis celle de faire quelque chose de propre. J’avais bien « retiendu » (oui c’est fait exprès pour l’humour voyez-vous) de lâcher la grappe (et la bouche) de mon equidusquisortdutriplus. Me sentant bien durant cette « pause » de 3 foulées, je me laissais partir dans la rêverie, emportée par le doux clapotis des sabots de ma céleste monture sur le sable blanc…

HUM! Moui … Pour faire court, je le laisse se mettre bien sur les épaules, on tourne tel un paquebot, rêne intérieure bien présente. Il glisse donc 2 foulées avant l’oxer, je me dis « oh le pauvre » au lieu d’agir avec la jambe, il retape, se dit « merde ça fait beaucoup d’effort je laisse tomber », enfin je ne sais pas s’il connait le mot « merde », mais sa phase d’ascension s’est stoppée nette. Tel le moineau se prenant une vitre.

Il atterrit donc les antérieurs dans l’oxer. Et moi …. bah rien. Je suis dessus et j’attend. Comme si quelqu’un allait venir jouer au Mikado avec moi.

ANALYSE :

Déjà il fallait appuyer la foulée qui sortait, même s’il a glissé. On ne change pas d’avis devant la barre, c’est un peu tard. Ensuite ok, t’as fait un strike, t’es pas tombée, ton cheval est ok (en plus lui pour le coup ce n’est pas le genre de péripétie qui le bouleverse) : alors qu’est ce que tu fais au milieu de cet oxer tel le penseur de Rodin (ou plutôt rondin ici) ?

Justement penser c’est bien, mais agir c’est mieux. Malheureusement pour moi, déjà enfant,  je préférais faire des puzzles plutôt que d’expérimenter les lois de la gravité en grimpant aux rideaux. Si tout n’est pas calculé à l’avance je ne me lance pas. Rajouter à cela ma peur de blesser mon cheval, tendance angoisse chevillée au corps. Un jour je m’allongerai sur le canapé et vous raconterai mon enfance et pourquoi je suis tombée de l’échelle (sur la tête ?).

Est-ce que ce trait de caractère m’handicapera toujours à cheval ? Incapable de prendre une décision dans le feu de l’action, je me ratatine en attendant que mon cheval décide pour deux. Heureusement qu’il n’a pas fait trop de puzzles étant petit, lui !

Un cavalier qui réagit vite et n’a pas peur de rentrer dans l’action n’aura-t-il pas plus de chances de terminer sans faute ses tours? Il donnera aussi confiance au cheval. Evidemment dans un cas comme le mien il aurait continuer en traversant l’oxer et serait aller sauter le suivant, plutôt que de revenir après reconstruction du Mikado géant (encore un puzzle ! Ça me poursuit).

Après, trop d’action au détriment d’une belle équitation peut aussi nuire au cheval. Certains tours de vitesse me font juste peur en voyant certains cavaliers roulant à tombeau ouvert, manquant le panache à la moindre hésitation.

Evidemment le top du top est de maîtriser la technique, d’avoir un cheval bien travaillé et un mental en acier (vous voyez le style calme, déterminé, mâle alpha quoi). Mais je ne suis pas de ceux qui s’illusionnent, j’ai déjà pour moi un cheval bien travaillé,je peux l’affirmer sans rougir. Cela dit on peut toujours travailler sur soi.

Pourquoi faire du concours me diront certains ? Et bien justement pour progresser dans des prises de décision, dans des problématiques que tu ne rencontres pas chez toi, bercer dans tes petites habitudes.

Connaissez-vous Abdelkebir Ouadard ? Fougueux cavalier défiant par moment les lois de la gravité. J’ai cherché un de ses tours incroyables, où à moitié à côté de sa selle après un gros saut, il continue coûte que coûte, sous les hourras du public, ahuri par le style du couple (le cheval étant au moins aussi dingue que le cavalier). Mais je n’ai trouvé que celui-ci :

https://www.youtube.com/watch?v=Vt6F-x6dKM8

Que l’on trouve son style parfois déroutant n’enlève pas que sa conviction saute aux yeux. Le cheval est aussi exceptionnel.

Evidemment je ne compare pas des cavaliers de 5* avec des amateurs.

Mais preuve en est que la volonté du cavalier peut le sortir des pires situations. Pour le même niveau, le cavalier hardi ira plus loin c’est sûr. Celui qui aime les puzzles, devra quant à lui compenser par la stratégie et le travail.

Et vous : tête brûlée ou bison futé ?

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Publié le 25 mai 2014, dans Réflexions, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 19 Commentaires.

  1. En fait, cela peut être très pédagogique comme situation. Avant, je sautais (mais, ça, c’était avant) et je me souviens avoir été confrontée à un choix cornélien. La jument s’appelait Terrifique (un nom tout à fait approprié) et la consigne était la suivante : « trois foulées en avançant, quatre en retenant ». J’ai hésité et changé d’avis pile-poil au milieu du processus. Ce jour-là, qu’ai-je donc appris? Hein? Quoi que j’ai appris?
    Qu’on pouvait se fouler le coccyx.
    Si.

    • Ahah ! la loose … c’est vraiment la blessure qui me fait peur ça. J’ai mal rien que d’y penser…
      C’est sûr que quand on prend une vieille chute ou un gros fail tel le mikado on se souvient bien pour la fois d’après que non non et non :
      on ne lâche pas tout devant
      on ne change pas d’avis au dernier moment
      et venir sans galop…bah ça va sur 90 cm !
      Après un cul cassé, un bras dans le plâtre et des dents incrustées dans un chandelier, peut-être que le feeling viendra ?

  2. ouaw! ben moi ça dépend: je calcule le tracé, mais si je sens que ma bestiole est mal, je fait ce qu’il faut instinctivement (ça ne m’empeche pas de me faire des refus de temps en temps…)

  3. ben j’espère, parce que les chutes dans la gadoue, ça donne pas envie de se la péter… 😀

  4. Je pense que ça vient avec la pratique et l’expérience.
    Je fais du CSO en compétition amateur depuis quelques années maintenant, et je commence seulement a savoir réagir devant la barre en cas de soucis.
    Il y a pas si longtemps quand ça venait mal j’étais là dans ma tête comme une débile à me dire que ça venait mal mais j’étais incapable de prendre une décision et du coup je laissais mes chevaux se débrouiller tout seuls. Mais ça y est, ça commence doucement a venir. Encore faut il prendre les bonnes décision :p

    • Oui c’est le métier qui rentre ! Mais certains ne se posent pas autant de questions, et c’est pas mal aussi, faut juste qu’ils bossent aussi. Parce que y a pas que foncer dans le tas avec les chevaux !
      Perso j’ai encore du mal à me faire confiance, j’ai toujours peur de faire subir une erreur à mon cheval (avouons que j’ai moins de scrupules avec d’autres, c’est normal quelque part, mon cheval j’y tiens tellement…)

  5. Baux julien

    Perso, je dirai plutôt tête brûlée… Ce qui ne m’empêche pas de m’écraser la tête régulièrement !
    Après, être tête brûlée sur un cheval ayant du métier et de la technique ou une aptitude naturelle au saut d’obstacle ( ou,les 3 c’est encore mieux!) peut être parfois être un atout, notamment pour gagner un barrage.
    Après tout est question de juste milieu…

    • Ahah ! Mais voilà, y a des têtes brûlée qui n’ont ni métier, ni talent, juste la tête écrasée…et la même le meilleur cheval du monde en aura un peu marre..
      Bon je dois avouer que je ne me situe dans aucune de ces catégories et qu’en plus moi j’ai peur pour ma tête…
      Mais toi c’est clair que t’as ce qu’il faut pour y aller tête baissée…mais haute !

  6. Ben moi j’aimerais bien être l’un ou l’autre. Mais je ne suis juste que pantouflarde….J’ai passé l’âge! Les seuls risque que je prend c’est de débourrer mes chevaux et c’est bien suffisant!

    • Ah bah c’est quand même le plus important ! Faut quand même savoir qu’on fait… après comme pour la compet, y en a qui monte dessus et vont quasiment direct en balade et d’autres qui vont longer pendant un an, mettre le tapis pendant 2 mois, faire le sac à patate 6 mois..(je m’arrête là)..

  7. Moi, tête brulée, assurément ! Mais après, je fais du pony games, où tomber n’est pas éliminatoire, ce qui encourage peut être à prendre plus de risques !

    [Mon jouuli séjour à l’hôpital ne m’a toujours pas servi de leçon… Disons que tant que le destrier va bien c’est le principal :D]

  8. C’est marrant ça! Je me reconnais totalement dans le portrait du cavalier indécis…voir tétanisée en me demandant : mais je fais quoi là!?

    Comment passer ce cap ? Je ne sais pas. Avec des chevaux confiants et gaillards j’arrive à agir. Mais si je monte un équidé qui attend comme moi que l’autre réagisse… Ça pourrait presque être comique.

    • Comment passer ce cap ? Je crois que tout le monde se pose cette question un jour ou l’autre … parce que même le guerrier peut avoir un moment de doute, ce sont les chevaux qui nous apprennent…
      Déjà être confiant dans la maîtrise de son corps (et ça se travaille à pied aussi), apprendre avec des chevaux maîtres d’école et un bon moniteur.
      Ensuite quand les automatismes sont là, augmenter un peu les difficultés, mais toujours avec un moniteur qui ne fera jamais payer au cheval les erreurs du cavalier. Sinon tout le monde est perdant !

  9. bonne question! Je dirais que je n’ai pas encore le niveau pour calculer au millimètre près ma trajectoire et le saut mais je m’efforce de bien aborder les obstacles en adaptant ma vitesse. Par contre en concours, ayant la plupart du temps le même p’tit cheval de Camargue que je connais bien je vire un peu tête brûlée en prenant les options mais seulement avec ce cheval là qui passe tout en restant calme et vif, avec d’autres que je connais moins bien ou des plus jeunes je préfère faire un beau parcours tout propre sans prendre de risques :).

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