Les « mamans » poney

http://cakechloes.blogspot.fr/2011/01/le-gateau-mon-petit-poney.html

Gâteau de Chloe.S.

Pour la journée de la femme (mais en retard évidemment) j’ai décidé de parler d’un public qui fréquente les centres équestres, sans monter à cheval  :

Les mamans poneys

Ahhh ! la maman poney, mais qu’est-ce donc ?

C’est autant l’alliée du moniteur, que son pire cauchemar parfois.

(je vais me faire des amies, je le sens …)

Qu’est ce que la maman poney ?

Ce n’est pas celle qui amène son enfant en cours, en prenant quelques nouvelles de temps en temps, non ; c’est celle qui reste pour assister à tous les cours et prend part à la vie du club.

Alors tout d’abord je tiens à remercier toutes les mamans qui ont confectionné avec amour des gâteaux pour les chutes et goûters. C’est grâce à elles que j’ai survécu durant certains hivers rudes, m’apportant un chocolat chaud quand le froid m’empêchait d’articuler, ou mes doigts gelés n’arrivaient plus à régler une étrivière. Elles m’ont apporté les calories nécessaires pour survivre à ces longues journées, debout dans le manège  la carrière  battues par les vents et la pluie. Sans elles, les forces m’auraient manquées, allant peut-être jusqu’à … attention c’est violent … l’hypoglycémie ! (Je fais vraiment une publicité épatante pour le métier de moniteur on dirait)

Je remercie aussi celle qui ne m’en a pas voulu lorsque j’ai fait remontée à cheval sa fille qui venait de se casser le poignet. Dis comme ça, ça peut paraître un peu rude, mais ne me jugez pas trop vite, j’ai des circonstances atténuantes : elle était passée devant la selle après un petit saut, la jument a trotté 4 foulées puis s’est arrêtée, je pensais qu’elle sauterait ou se remettrait en selle facilement, mais elle s’est appuyée au mur pour tenter de se remonter, avançant la tête vers l’avant, dont le poids l’entraîna irrémédiablement dans le toboggan que  proposait l’encolure. Elle n’a pas manifesté une grande émotion, je l’ai donc encouragée à remonter pour ne pas rester sur une mauvaise impression … puis elle est devenue blanche …et son poignet bleu … et moi verte … hum ! Bref passons ….

Je n’oublie pas celles qui ont pardonnée mes erreurs de débutante, comme jurer devant les baby poney  (« Oh put*** de shet qui mord »,  « Mer** j’ai oublié de ressangler » ; oui je l’avoue : mon langage agacé se rapproche parfois plus de celui d’un rappeur qui aurait fait un stage en poissonnerie que des interjections ourlées d’une demoiselle habillée en Cyrillus). Ou bien tenir des discours techniques aux G2 de 8 ans : « tu dois maintenir ta jambe, mais sans l’activer en permanence, et garder ton poney en équilibre devant la barre, comme un ressort et les principes de Mécanique de base, tu comprends ? ». Oui les débuts ont été difficiles …

Après cette série de remerciements, je dois maintenant entrer dans le vif du sujet. La maman (ou le papa, hein ne soyons pas sectaires, car il y en a aussi !) qui était bien d’accord au début avec les principes de participation aux concours pour apprendre à monter propre, sans chercher le résultat à tout prix et dans le respect des camarades, se mue au premier classement en club 4 en une coach aveuglée par la soif de vaincre.  Je n’ai jamais compris cette brutale transformation, peut-être car je n’ai pas d’enfant, et que je ne comprend pas cette subite projection de soi-même. Toujours est-il que l’engrenage infernal commence. Il faut un poney, puisque les poneys de clubs sont au choix : pas assez bons (ou dressés ou jolis) ou partagés avec des élèves moins bons que leur champion, ce qui nuit à ses performances, évidemment !

D’ailleurs j’ai déjà eu cette remarque : « Mais que fait la petite Lola dans le cours de ma fille ? C’est un cours galop 3 quand même et Lola n’a que le galop 2, et en plus je veux pas être méchante, mais elle est pas très dégourdie, et ça les ralentit. » ( véridique)

Une fois le poney acheté (si possible sans les conseils du moniteur, ou justement sur les mauvais conseils du moniteur qui écoule les poneys de ses amis avec une marge de 1000 euros), la maman poney devient automatiquement monitrice. Et oui, en dehors des cours (qui coûtent cher, donc on économise parce qu’il faut plutôt acheter une tenue de concours avec des strass), on fait monter soi-même son enfant, car on a suivi les cours tous les mercredi donc il suffit de répéter ce qu’a dit le moniteur … à peu près: « t’es à juste ou à faux ? à juste c’est quand la patte à droite elle avance plus que la patte gauche … mais je comprend pas ton poney il est toujours à faux quand il tourne vers la droite, mais jamais vers la gauche … c’est bizarre  » (véridique aussi). Ce qui est pratique avec l’enfant, c’est qu’il grandit, et que quand le poney ne va plus, c’est forcément parce qu’il est devenu trop petit ou n’a pas assez de moyen pour faire de la club 3. Jamais il n’est mal travaillé.

On passe donc d’un apprentissage de l’équitation dans l’humilité et la progression logique, à la gestion de champions. Oui certains n’ont pas peur des mots, pour peu qu’ils soient allés à Lamotte, on touche littéralement le Haut Niveau. Equipements dernier cri, publicité, et surtout ego surdimensionnés et totalement déconnectés des réalités de l’Equitation.

Car on le rappelle, les concours clubs sont avant tout des lieux d’apprentissage. Ils visent à proposer une échelle de progression qui n’existait pas avant. Et ainsi on peut être champion de France Poney sur 60 cm. En dessous de 1.15 m, il n’est pas besoin de grande technique pour enchaîner, alors on se détend, on ne perd pas de vu qu’il s’agit de loisir, et que peut-être même l’enfant voudra faire du break dance à l’adolescence. Je sais que ceux qui montent en épreuves « jeunes cavaliers » font rêver, mais la plupart sont issus de famille ayant des clubs., montent en concours amateur depuis l’âge de 12 ans et savent à quel point ils doivent encore travailler pour égaler leurs idôles.

Donc mesdames (et messieurs ) les mamans poneys, si on pouvait ne plus entendre sur les concours de C.S.O. :

« C’est pas ta faute pour le numéro 4 et le 7, il n’a pas fait l’effort de sauter, ce gros paresseux » (à propos d’un poney ayant tourné en épreuves AS avec l’ancienne cavalière, et ayant sauvé le 1,2,3,5,6,8,9,10,11 et 12 des abords approximatifs de la nouvelle cavalière)

« Ils font exprès de pas déclencher le chrono quand mon fils passe parce qu’ils savent qu’il est trop rapide » (je ne suis pas naïve et je sais que la corruption est grande par nos civilisations, mais franchement, les jury des concours club ont-ils vraiment des intérêts politiques à privilégier ou non  un enfant ?)

« Mais AVANCE, VITE, CRAVACHE » (avec une chute 3 obstacles plus tard, le poney étant totalement en déséquilibre et la cavalière plus à sa place)

Apprendre aux enfant l’envie de bien faire oui, mais le respect des autres et de sa monture, ça n’a pas de prix. Et ça ne s’achète pas avec le poney et son équipement à paillettes.

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Publié le 12 mars 2014, dans Réflexions. Bookmarquez ce permalien. 12 Commentaires.

  1. ah bon les strass et paillettes ne font pas la qualité d’un poney ou d’un cavalier ???
    zut alors… je vais revendre le licol que j’ai acheté pour ponpom… 😉
    Je crois que j’ai eu la chance d’être partiellement épargnée de tout cela dans la pratique de disciplines (considérées comme ‘exotiques’ par certains) un peu moins reconnues que le CSO.
    Je crois surtout que je n’aurai pas supporté de voir mes chevaux ou poneys déguisées en barbies à paillettes !!!

    Merci une fois de plus pour cet article criant de vérité, si bien tourné. 🙂
    Gaëlle

  2. haha ! à l’époque où je montais en CE, j’en ai croisé pas mal des comme ça…
    Déjà « môme » (j’ai commencé à 10 ans, suis sortie de clubs à 18) je les trouvais pas franchement crédibles, illogiques, et surtout… Je ne voyais pas l’intérêt.

    Il faut reconnaître aussi que je n’ai JAMAIS eu l’esprit de compétition, ce qui fait que je n’ai jamais eu des super notes en sport par exemple, et que les exam je les ai eus comme ça en passant. (à l’école hein… mes trois galops, je voulais surtout que l’argent ne soie pas perdu).

    Encore aujourd’hui, à l’âge vénérable de 27 ans, je n’arrive pas à comprendre qu’on veuille « gagner » à tout prix. Ni l’intérêt de se surpasser pour heu… pas grand chose.
    J’ai beau essayer, vraiment, je n’ai jamais rien trouvé (ni personne) qui arrive à m’expliquer de façon à me faire simplement comprendre le principe de la compétition, ou comment on peut l’aimer, et pourquoi.

    Du coup, tu t’en doutes, je n’ai jamais fait de concours, les seuls points que je marque à cheval c’est en joute, et encore, ils sont comptés à l’arrache parce que ça fait partie du spectacle ! et c’est pour rire plus qu’autre chose.

    Donc ces maman poneys, qui renvoyaient sur leur progéniture leurs propres espoirs, je trouvais ça triste…

    Merci encore pour tes articles, c’est toujours un bon moment de te lire !

    • Merci pour le compliment !
      Moi je comprend qu’on veuille essayer de faire un tour propre et si possible de bien se classer. Ca veut dire qu’on tourne bien, qu’on arrive à avancer sans perdre l’équilibre ni casser 3 dents au cheval. Mais la folie qui gagne certains pour aller sauter 85 cm….alors là non vraiment faut rester un peu humble quand on apprend !

      • Oui, ça je le comprends, arriver à faire les choses « bien », éventuellement pour voir où on en est, et sinon pour confirmer, jalonner la progression, sans viser un prix, j’arrive à l’envisager.
        Mais la compétition à tout prix, comme j’en avais tant dans mes classes ou reprises… non, ça passe pas.

        Par contre peut-être je vais tenter les strass sur le collier de monte, peut-être du coup elle deviendra un genre de cheval de Nevzorov ma greluche Duche ❤

      • Ah oui tout à fait !! Alors je te conseille les cristaux swarof***, il parait que ça transforme direct ton cheval.
        rajoute un galon or et t’es partie pour faire de l’ombre à Nezgorov…mais attention tu risques d’attraper l’esprit de compétition qui va avec !

  3. Merci c’était énorme…et tellement vrai ! 😉

  4. Excellent article une fois de plus !!!
    Et « mon langage agacé se rapproche parfois plus de celui d’un rappeur qui aurait fait un stage en poissonnerie que des interjections ourlées d’une demoiselle habillée en Cyrillus », quelle si belle comparaison, j’ai vivement gloussé.

  5. Excellent article! 🙂

    J’en ai vu aussi des « mamans-coach »…
    Un jour, une maman est venue au milieu de la carrière me demander le contenu de ma séance, alors que j’étais en train d’aider les cavaliers à régler leurs étriers (donc pas encore des cavaliers « confirmés »…). Je lui ai répondu que j’avais prévu de faire travailler les enfants sur le plat : chercher et améliorer leur équilibre sur les étriers aux 3 allures.
    Là, elle m’a répondu : « vous ne les faites pas sauter ce soir?! »
    moi : « non, pas ce soir »
    elle : « qu’est ce que ça veut dire? »
    moi : « ça veut dire que je ne les fais pas sauter ce soir, l’équilibre est à travailler » (mais dans ma tête: « WTF???!!! »)
    Sur ce, je l’ignore et continue de mettre tout le monde en route et elle va trouver la responsable du club pour lui demander si elle (la maman-coach) peut emmener sa fille sur l’autre carrière pour la faire sauter elle-même…!
    Heureusement la responsable a refusé (sinon, je lui aurais refilé le cours et serais rentrée chez moi), en lui expliquant que si elle voulait un cours sur mesure pour sa fille, elle pouvait lui prendre des cours particuliers…

    Je pense malheureusement que c’est un peu générationnel ce comportement de « je-sais-mieux-que-tous-les-gens-dont-c’est-le-métier »… Je pense que sont les mêmes qui vont demander à leurs enfants à la sortie de l’école si « la maîtresse a été gentille »…

    Heureusement qu’il existe encore des mamans sympas qui font des petits gâteaux, qui donnent un coup de main si besoin et qui respectent l’enseignement donné! 🙂

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