Archives Mensuelles: mars 2014

Les chevaux nous parlent ?

Mister Ed, ou la communication équine avant l’heure

J’ai lu une interview qui m’a laissée perplexe, dubitative, voire songeuse, osons le dire !

Marc Boblet est à l’honneur dans l’Eperon du mois de mars. Enfin à l’honneur, façon de parler je dirai. Il est en couverture du magazine et une longue interview lui est consacrée, dont on sort un peu déstabilisé. Enfin moi.

Résumé de l’article :

Un couple de propriétaires achète Noble Dream pour leur fille, la jument a fait les épreuves jeunes chevaux avec Jessica Michel : médaille de bronze des 5 ans et 9ème des 6 ans à Verden. Marc n’aime pas trop les « stars de Verden » (championnat du monde des jeunes chevaux de dressage). Je me dis que c’est parce qu’il trouve que c’est trop contraignant pour les jeunes, mais non, utopiste que je suis ! D’après lui, on leur demande d’avoir de « grands rayons » alors qu’en Grand Prix il faut savoir aussi se rassembler. Bref !

La jument est difficile, voire ingérable, Marc passe par là un jour, ils lui demandent de l’essayer. Il accepte de la prendre dans ses écuries.

C’est le début de la galère, la belle est très compliquée, osons même dire hystérique d’ailleurs elle ne sort que pour travailler ou pour brouter en main et suit un régime spécial dû à un tenace ulcère à l’estomac.

Marc qui a connu le succès avec Within star,qui est retiré brusquement de la compétition en 2011 à cause de  ses tendons fragiles (/isés ? ), avoue qu’il a été mis sur le devant de la scène sans avoir assez de recul à l’époque. Il travaille avec quelques entraîneurs français connus, mais comme il le relate, on lui demande de pas trop « toucher » devant (comprendre ne pas mettre trop de tension dans la bouche). Et selon lui cela ne donnait pas de résultats probants : il a mis plusieurs mois à passer une transition trot/galop (pourtant il me semble qu’elle devait l’avoir fait avec Jessica en épreuves jeunes chevaux ?). Les problèmes en concours se multiplient, pourtant il n’envisage pas de passer au cirque, bien qu’elle semble marcher hyper bien sur ses postérieurs.

Il se tourne alors vers ses idoles : Edward Gal et Hans Peter Minderhoud.  L’équitation scandinave est pour lui la révélation. Il dit que ses principes sont bauchéristes. J’étais un peu surprise car il parle également de l’hyper flexion comme étant une technique très utile (si elle est bien faite bien sûr, comme les rênes allemandes j’ai l’impression, c’est toujours les autres qui le font mal, mais quand on le fait soi-même évidemment c’est une réussite et le cheval est youpi content).

Quel rapport avec Baucher ? Il explique après que c’est le fameux « mains sans jambes et jambes et sans mains ». On comprend très vite en lisant la suite qu’il s’agirait surtout de MAINS sans jambes tout court et plus tard jambes quand la bouche est totalement perméable. Car c’est une idée fondamentale pour lui. Le cheval doit accepter la main avec une totale soumission et ça passe par un travail de flexions avec un contact parfaitement symétrique, même s’il est très fort : « Au départ, on aura peut-être 10 kg dans chaque main, puis de moins en moins. »

Je sens que certains se demandent où je veux en venir avec mon titre en total opposition avec ce que j’écris. Patience, le meilleur arrive !

Ce qui m’a le plus surprise dans cet article n’est pas tant les méthodes de travail qu’il prône. Quoique j’aurai pensé qu’un cavalier arrivé au niveau international connaisse déjà différentes méthodes de travail, leurs avantages, leurs bénéfices ou contraintes pour le physique du cheval, sans avoir à courir d’entraîneurs en coachs réputés.

Non le plus incroyable est qu’il parle de communication et de confiance. Oui oui.

Comprendre la psychologie du cheval permet de créer une communication différente, basée sur la confiance. J’ai essayé de comprendre le fonctionnement de Noble Dream, du coup, elle ne s’est plus sentie agressée et la confiance est revenue petit à petit.

Il parle aussi des Pignon et Lorenzo qui font des « trucs de fou »…. »nous avons beaucoup à apprendre de ces gens là ».

Et de légèreté aussi :

La légèreté, c’est d’abord avoir une bonne communication. Ce n’est pas l’horrible légèreté définie comme le souffle de la botte et juste le poids des rênes dans les mains !

Ça prouve tellement la subjectivité de la communication avec le cheval. Pour certains, il s’agit de ne mettre le cheval que dans le confort. Pour d’autres de l’observer. Prenons Linda Kohanov avec son livre « Le tao du cheval », certaines de ses interprétations sont très personnelles : pourquoi les chevaux verraient les cyclistes comme des extra terrestres ? (oui cette phrase est tirée du contexte, mais elle m’a énervée).

On a donc là un cavalier qui pratique une discipline extrêmement difficile pour les chevaux à ce niveau et qui parle pourtant de communication. Cet article soulève ce malaise je trouve. On met la « communication » à toutes les sauces, c’est le nouveau mot vendeur. On peut pratiquer n’importe quel type d’équitation, fût-elle « virile », mais du moment qu’on communique, on est sauvé !

Evidemment à nos niveaux les chevaux ne sont pas soumis à autant d’exigence, mais il est important de ne jamais s’enfermer dans un système de pensée sans continuer à se documenter. Il y a des scientifiques qui travaillent sur les réelles capacités et le bien-être des chevaux. J’ai l’impression que chacun s’arrange avec sa conscience pour ces histoires de communication.

D’ailleurs j’avais concours dimanche et samedi un vent à décrocher un poney de sa touffe d’herbe s’est mis à souffler toute la journée. On se demandait donc s’il était était raisonnable de maintenir nos plans de concours (les obstacles ne tenant pas debout dans notre carrière) lorsque mon equidus décoiffus rentra de son paddock préféré. Nonchalamment il mis en avant son antérieur gauche : il lui manque le fer. Trop tard pour le maréchal, on n’ira pas braver la tempête, à l’eau le premier concours de la saison !

Je tiens donc moi aussi les prémices d’une communication sans faille avec mon saboteur du dimanche.

 

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Les « mamans » poney

http://cakechloes.blogspot.fr/2011/01/le-gateau-mon-petit-poney.html

Gâteau de Chloe.S.

Pour la journée de la femme (mais en retard évidemment) j’ai décidé de parler d’un public qui fréquente les centres équestres, sans monter à cheval  :

Les mamans poneys

Ahhh ! la maman poney, mais qu’est-ce donc ?

C’est autant l’alliée du moniteur, que son pire cauchemar parfois.

(je vais me faire des amies, je le sens …)

Qu’est ce que la maman poney ?

Ce n’est pas celle qui amène son enfant en cours, en prenant quelques nouvelles de temps en temps, non ; c’est celle qui reste pour assister à tous les cours et prend part à la vie du club.

Alors tout d’abord je tiens à remercier toutes les mamans qui ont confectionné avec amour des gâteaux pour les chutes et goûters. C’est grâce à elles que j’ai survécu durant certains hivers rudes, m’apportant un chocolat chaud quand le froid m’empêchait d’articuler, ou mes doigts gelés n’arrivaient plus à régler une étrivière. Elles m’ont apporté les calories nécessaires pour survivre à ces longues journées, debout dans le manège  la carrière  battues par les vents et la pluie. Sans elles, les forces m’auraient manquées, allant peut-être jusqu’à … attention c’est violent … l’hypoglycémie ! (Je fais vraiment une publicité épatante pour le métier de moniteur on dirait)

Je remercie aussi celle qui ne m’en a pas voulu lorsque j’ai fait remontée à cheval sa fille qui venait de se casser le poignet. Dis comme ça, ça peut paraître un peu rude, mais ne me jugez pas trop vite, j’ai des circonstances atténuantes : elle était passée devant la selle après un petit saut, la jument a trotté 4 foulées puis s’est arrêtée, je pensais qu’elle sauterait ou se remettrait en selle facilement, mais elle s’est appuyée au mur pour tenter de se remonter, avançant la tête vers l’avant, dont le poids l’entraîna irrémédiablement dans le toboggan que  proposait l’encolure. Elle n’a pas manifesté une grande émotion, je l’ai donc encouragée à remonter pour ne pas rester sur une mauvaise impression … puis elle est devenue blanche …et son poignet bleu … et moi verte … hum ! Bref passons ….

Je n’oublie pas celles qui ont pardonnée mes erreurs de débutante, comme jurer devant les baby poney  (« Oh put*** de shet qui mord »,  « Mer** j’ai oublié de ressangler » ; oui je l’avoue : mon langage agacé se rapproche parfois plus de celui d’un rappeur qui aurait fait un stage en poissonnerie que des interjections ourlées d’une demoiselle habillée en Cyrillus). Ou bien tenir des discours techniques aux G2 de 8 ans : « tu dois maintenir ta jambe, mais sans l’activer en permanence, et garder ton poney en équilibre devant la barre, comme un ressort et les principes de Mécanique de base, tu comprends ? ». Oui les débuts ont été difficiles …

Après cette série de remerciements, je dois maintenant entrer dans le vif du sujet. La maman (ou le papa, hein ne soyons pas sectaires, car il y en a aussi !) qui était bien d’accord au début avec les principes de participation aux concours pour apprendre à monter propre, sans chercher le résultat à tout prix et dans le respect des camarades, se mue au premier classement en club 4 en une coach aveuglée par la soif de vaincre.  Je n’ai jamais compris cette brutale transformation, peut-être car je n’ai pas d’enfant, et que je ne comprend pas cette subite projection de soi-même. Toujours est-il que l’engrenage infernal commence. Il faut un poney, puisque les poneys de clubs sont au choix : pas assez bons (ou dressés ou jolis) ou partagés avec des élèves moins bons que leur champion, ce qui nuit à ses performances, évidemment !

D’ailleurs j’ai déjà eu cette remarque : « Mais que fait la petite Lola dans le cours de ma fille ? C’est un cours galop 3 quand même et Lola n’a que le galop 2, et en plus je veux pas être méchante, mais elle est pas très dégourdie, et ça les ralentit. » ( véridique)

Une fois le poney acheté (si possible sans les conseils du moniteur, ou justement sur les mauvais conseils du moniteur qui écoule les poneys de ses amis avec une marge de 1000 euros), la maman poney devient automatiquement monitrice. Et oui, en dehors des cours (qui coûtent cher, donc on économise parce qu’il faut plutôt acheter une tenue de concours avec des strass), on fait monter soi-même son enfant, car on a suivi les cours tous les mercredi donc il suffit de répéter ce qu’a dit le moniteur … à peu près: « t’es à juste ou à faux ? à juste c’est quand la patte à droite elle avance plus que la patte gauche … mais je comprend pas ton poney il est toujours à faux quand il tourne vers la droite, mais jamais vers la gauche … c’est bizarre  » (véridique aussi). Ce qui est pratique avec l’enfant, c’est qu’il grandit, et que quand le poney ne va plus, c’est forcément parce qu’il est devenu trop petit ou n’a pas assez de moyen pour faire de la club 3. Jamais il n’est mal travaillé.

On passe donc d’un apprentissage de l’équitation dans l’humilité et la progression logique, à la gestion de champions. Oui certains n’ont pas peur des mots, pour peu qu’ils soient allés à Lamotte, on touche littéralement le Haut Niveau. Equipements dernier cri, publicité, et surtout ego surdimensionnés et totalement déconnectés des réalités de l’Equitation.

Car on le rappelle, les concours clubs sont avant tout des lieux d’apprentissage. Ils visent à proposer une échelle de progression qui n’existait pas avant. Et ainsi on peut être champion de France Poney sur 60 cm. En dessous de 1.15 m, il n’est pas besoin de grande technique pour enchaîner, alors on se détend, on ne perd pas de vu qu’il s’agit de loisir, et que peut-être même l’enfant voudra faire du break dance à l’adolescence. Je sais que ceux qui montent en épreuves « jeunes cavaliers » font rêver, mais la plupart sont issus de famille ayant des clubs., montent en concours amateur depuis l’âge de 12 ans et savent à quel point ils doivent encore travailler pour égaler leurs idôles.

Donc mesdames (et messieurs ) les mamans poneys, si on pouvait ne plus entendre sur les concours de C.S.O. :

« C’est pas ta faute pour le numéro 4 et le 7, il n’a pas fait l’effort de sauter, ce gros paresseux » (à propos d’un poney ayant tourné en épreuves AS avec l’ancienne cavalière, et ayant sauvé le 1,2,3,5,6,8,9,10,11 et 12 des abords approximatifs de la nouvelle cavalière)

« Ils font exprès de pas déclencher le chrono quand mon fils passe parce qu’ils savent qu’il est trop rapide » (je ne suis pas naïve et je sais que la corruption est grande par nos civilisations, mais franchement, les jury des concours club ont-ils vraiment des intérêts politiques à privilégier ou non  un enfant ?)

« Mais AVANCE, VITE, CRAVACHE » (avec une chute 3 obstacles plus tard, le poney étant totalement en déséquilibre et la cavalière plus à sa place)

Apprendre aux enfant l’envie de bien faire oui, mais le respect des autres et de sa monture, ça n’a pas de prix. Et ça ne s’achète pas avec le poney et son équipement à paillettes.