Archives Mensuelles: février 2014

Un jour, j’ai acheté un cheval de sport.

Proportions, points de forces, défauts d'aplombs, il faut savoir lire un physique pour trouver celui qui vous convient.

Proportions, points de force, défauts d’aplombs, il faut savoir lire un physique pour trouver celui qui vous convient.

Acheter un cheval, l’acte le plus stressant pour le cavalier novice. Depuis qu’on en rêve, le fantasme va devenir réalité. Comment s’y prendre ? Ou le trouver ? A qui s’adresser ? Je parle ici du cheval de sport, c’est à dire destiné à faire de la compétition : 120m dans la tête du futur propriétaire, mais 1.05 m dans la réalité des années suivantes.

Je ferai un récapitulatif des pièges dans lesquels il vaut mieux éviter de tomber lorsqu’on se lance dans le milieu sombre et inquiétant des vendeurs d’equidus …dans un prochain article.

Je vais d’abord commencer par vous compter l’histoire de mon Equidus Shopping-us. Naïve et pleine d’entrain, je recherchais un gentil cheval maître d’école pour un budget disons correct sans être mirobolant (c’est à dire environ 5000 euros). Je voulais pouvoir faire un petit peu de concours avant de rentrer en formation BPJEPS. Le décor est planté.

J’avais quelques notions sur la morphologie et les allures : j’avais bien appris les mauvais aplombs sur mon livre des galops. Je cherchais un cheval gentil. La définition d’un club hein, pas celle d’un cavalier pro, style : il est gentil mais tonique = toi l’amateur tu seras embarqué sur trois tours de carrière car tu auras trop reculé ta jambe pour partir au galop. Et j’avais une amie vétérinaire qui m’accompagnait (enfin elle n’avait pas encore terminé son cursus, mais était sortie en dressage poney à bon niveau).

C’est fort peu !

Et là je peux dire que j’ai eu de la chance. J’ai essayé quelques chevaux qui ne convenaient pas. Une jument que l’on m’avait laissée à l’essai sans même me voir à cheval, 7 ans, jamais sortie en concours. Noire, câline et  gentille. Jusqu’à la première séance d’obstacle ou j’ai dû ravaler mon ego quand le moniteur de la pension m’a directement dit que ça n’irait pas. Il faut dire que j’avais eu la même intuition lorsque je la regardais dans les yeux alors qu’elle se transformait en chevreuil au dessus de la barre.

Ensuite je suis allée voir un grand engin de 5 ans, pas vraiment dressé mais très gentil. Il trottait tel un galérien boulets aux pieds. Et sautait avec l’élégance du fer à repasser. Je trouvais donc son prix légèrement au dessus du marché. Je passais donc mon chemin.

J’ai aussi rencontré un beau gaillard, avec des origines paternels correctes, mais cela ne veut pas dire grand chose à l’heure actuelle. Niveau travail, il était vert comme une grenouille, et malgré la motivation de sa naisseuse, mon instinct de survie me dit que la route allait être longue jusqu’à l’obtention d’un quelconque plaisir équestre. J’étais peut-être un peu naïve, mais j’avais l’intuition que dresser un jeune cheval de sport avec la force qui va avec n’était pas aussi simple que ce qu’on peut lire dans les manuels de débourrages. Pourtant ils expliquent bien les étapes. Mais l’avenir m’a donné raison, quand il y a écrit : « ensuite placez vos aides du départ au galop pour partir du pas en équilibre », j’ai pu observer que ça ne marchait jamais du premier coup avec un élève moniteur sur le dos du poulain.  Il me fallait donc repartir en quête de l’Equidus Graalisus (oui oui, y a un rapport avec le Graal).

Une fille lors d’un concours me parle d’un ami à elle, cavalier professionnel. J’appelle donc. On convient d’un rendez-vous. Petit malentendu à l’arrivée : il n’a que des jeunes (3 et 4 ans), mais je sens qu’il cherche à me proposer un cheval qui me conviendrait vraiment. Il évalue donc mon niveau en selle sur une petite PS de 4 ans. Ce qui était super avec moi, c’est qu’après 5 minutes en selle, on pouvait se demander s’il ne fallait pas appeler les secours. Rouge écarlate, au bord de la crise d’asthme, l’instructeur prend un regard compatissant, pour m’annoncer que le cheptel qu’il a à me proposer passe de quatre à un. Dur pour l’amour propre, bon pour les vertèbres.

C’est là que j’ai compris que c’était quelqu’un de bien. Même s’il a du clairement se bidonner en son for intérieur, il n’en a rien montré. Et puis il n’a pas essayé de me refourguer coûte que coûte un de ses produits en me passant de la pommade. Bon après il n’avait certainement pas envie que je finisse encastrée dans la lice après avoir essayé son trois ans par For Ever IV. Moi non plus d’ailleurs. On partait donc sur de bonnes bases : personne ne voulait me voir finir en crêpe chouchen à l’issu de cet essai.

Il joue sa dernière cartouche : un gentil trois ans encore entier par Fusain du Defey. Oui j’entend d’ici les connaisseurs des origines anglo rigoler doucement … Je dois avouer que je connaissais Fusain de nom, mais ça s’arrêtait là. Comme les plupart des amateurs qui prennent un air entendu quand on leur cite un reproducteur, alors qu’ils n’en connaissent que le nom, ignorant tout de ses aptitudes/mental/physique.  Bref quand on parle de génétique, je rappelle que le caractère et le physique à 3 ans sont loin d’être fixés.

Arrive un solide cheval débonnaire d’1.62m, avec une robe très mélangée (une sorte de bai rouanné avec la tête grise). Son nom est tout à fait drôle, rimant avec sa tête de mulet. Il a l’œil assez doux (mais j’appris plus tard qu’il portait des lentilles …).

Son cavalier le monte : il a un trot élastique et aérien, un galop correct et saute avec franchise et joie de vivre (oui je suis une fine analyste comportementale). Son geste ne fait pas tomber les yeux, et quelque part tant mieux, ça m’évitera d’être catapultée au premier saut (oui les gens méfiez vous des chevaux qui sautent très fort quand vous n’avez qu’une expérience club en CSO, car le problème ne sera pas le cheval mais vous !).

Sa robe bizarre et sa tête commune (avec une lèvre supérieure pointue comme une tortue) aurait pu rebuter des cavaliers recherchant l’esthétique avant tout, mais moi je cherchais un cheval avec qui m’éclater, pas à contempler.

Arrive le moment fatidique : il me propose de me monter dessus en me faisant « la jambe ». Mon amie était devant.

Le seul reproche que je pourrait lui faire à l’heure actuelle est ne pas avoir anticipé en me voyant sur la PS qu’il n’avait pas affaire à une danseuse étoile. Non loin de là. Ma dextérité lors de mon ascension sur un équidus se rapproche plus souvent de celle de mamie sur une moto que de Lucky Luke. Par un hasard de circonstances non élucidé, voilà ce qui se passa :

Evidemment Equidus Poulinus en gardera quelques séquelles niveau montoir par la suite.

Mais c’est ainsi qu’arriva la révélation. Après avoir eu la sympathie de m’accepter une seconde fois sur son dos (avec quelques doutes au départ, on le comprendra), il ne me tint pas rigueur de mon entrée fracassante. Un chic type, comme on dit dans les séries américaines. Je me suis sentie très bien dessus, le montant telle une débutante, allant sauter ma petite croix en équilibre en tenant la crinière. Agréable sous la selle car très souple, et acceptant les erreurs avec une capacité à redevenir froid très vite après une montée en pression. Un cheval qui pardonne. It’s you guy !

Visite vétérinaire passée avec brio. Castration au passage. Contrat de vente.

Pourquoi je vous raconte tout ça ? Parce qu’avec le recul je peux maintenant le dire : j’ai eu la chance de tomber sur un vendeur honnête, qui aime vraiment les chevaux et cherche à trouver le bon cheval pour un client. Je ferai donc un article sur les filous des ventes équines pour contrebalancer ce tableau idyllique. Après il en va des chevaux comme de tout, si vous n’êtes pas un minimum renseignés, ne vous étonnez pas de vous faire arnaquer !

Le même cheval quelques années plus tard ...

Le même cheval quelques années plus tard …

PS : le cheval que je décris a pris force et caractère, comme ses papiers le prédestinaient. Oui il pardonne mais il n’est pas Mère Thérésa non plus. Sans un très bon encadrement (connaissances techniques et physiologiques) et une implication totale dans mon équitation (progression en passant le BPJEPS notamment), les choses auraient été beaucoup plus compliquées. C’est pour ça que je ne recommande pas de prendre un jeune cheval de sport quand on ne peut pas se payer d’encadrement pointu.

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Bordeaux : le jumping

Remise des prix CSI 5* Prix Generali.

Remise des prix CSI 5* Prix Generali. Heureusement que je ne suis pas photographe !

Je peux enfin le dire : « J’étais au jumping de Bordeaux ! »

Chaque année depuis mon arrivée dans la région, j’ai toujours eu des imprévus qui m’ont empêchée d’aller assister à ce spectacle du sport équestre.

Je pourrai donc faire un « débriefing » (ou compte rendu pour les francophiles) dans les règles de l’Art de ma soirée du vendredi soir. Je pourrai raconter comme les stands donnent envie.

Je pourrai dire quels cavaliers connus j’ai croisés dans le grand hall. Et ceux pas connus venus pour l’épreuve des partenaires, fiers comme artaban, espérant peut-être qu’une adolescente venue acheter un polo Pénélope Leprevost leur demande un autographe.

Je pourrai aussi raconter l’ambiance et la fascination de voir des couples enchaîner 150 m comme un amateur enchaîne un parcours de cavaletti (enfin comme il le croit).

Je pourrai aussi poster moult photos, mais vous auriez mal aux yeux, tant ma faculté artistique à ce niveau est proche de celle d’un enfant de 5 ans. En plus j’aime profiter du moment sans avoir à gérer un appareil. Et puis ce n’est pas trop mon genre d’aller taper sur l’épaule du Kaïser pour un selfie, qui pourtant me rapporterait un paquet de « like » sur facebook ! (Je peux traduire la phrase sur commande).

Je pourrai donc vous raconter tout ça en y mettant du sentiment, faire dans l’exaltation, des étoiles plein les yeux …

Evidemment je ne le ferai pas !

Non pas que le spectacle m’ait déplu, j’aime le CSO et le haut niveau me fascine : comme beaucoup je crois, à voir comment certains cavaliers peuvent utiliser leurs noms pour vendre des habits. Je passerai sur le derby Devoucoux car je ne connais pas le complet : un vrai challenge pour les cavaliers qui ont joué le jeu, où j’ai parfois fermé les yeux !

Je me suis plutôt posée une autre question : faut-il être forcément dur avec les chevaux pour atteindre ces niveaux ?

Certains cavaliers de haut niveau suscitent une fascination de la part du grand public. Mais que savons-nous réellement d’eux ? Comment juger d’un cavalier quand on ne connait pas bien les chevaux qu’il monte ?

On peut trouver un cheval magnifique, le cavalier discret dans ses aides. Ou un cheval ayant l’air compliqué et un cavalier arrivant à le gérer. On peut aussi se fier aux médias : untel est sur toutes les publicités, il doit donc être super. Ou aux commentateurs télé : il faut parfois savoir entendre les messages subliminaux.

En lisant la presse spécialisée datant de quelques années (et en ayant accès à quelques infos en plus) j’ai retrouvé quelques « casseroles » qui noircissent d’un trait la blanche auréole que certains tentent de retrouver. Chevaux barrés, battus, substances illicites sur les membres.  Séances secrètes  avec des dispositifs que l’on croirait sortis de l’imagination d’un bourreau moyenâgeux.

Evidemment tous ne sont pas comme ça. Et les épreuves aussi ont changé : les obstacles sont moins massifs, les parcours plus techniques, mais ça reste des efforts conséquents pour les quadrupèdes montés sur ressort. Seulement les sommes en jeu sont importantes et une touchette peut avoir de grands effets. Les cavaliers dépendent aussi de leurs propriétaires et la valse des chevaux entraîne dans sa chute l’accès aux plus beaux concours.

Les qualifications pour avoir des points sur les ranking list ou accéder aux nombreuses finales ( Global champion’s tour, Coupe du Monde …) poussent aussi à faire énormément tourner les chevaux, surtout quand les cavaliers ont un petit piquet.

Voilà pourquoi quand je croise un cavalier je ne peux m’empêcher de me demander s’il est gentil avec ses chevaux. Gentil ne veut pas dire niais. On peut être gentil avec les chevaux et méchant avec les humains, ou le contraire.  Gentil comme quelqu’un qui arrive à résoudre la difficile équation du haut niveau : imposer des efforts intenses à un animal sans lui faire peur ou lui faire mal sciemment. Et ça, on ne le voit pas si facilement.