Acheter un cheval

achatchx

Ça y est ! Vous avez pris la décision, vous avez fixé le budget, et vous avez une idée précise du type d’Equidus-oniriquus (d’onirique bien sûr) qu’il vous faudrait.

Bon et maintenant ?

Quelles précautions sont à prendre pour éviter les fameux :

« J’ai signé un contrat de vente pour un poney il y a 4 jours, mais j’en ai trouvé un autre drôlement plus mieux, il parait que j’ai 7 jours pour me rétracter. » Non ! Le délai de rétractation de 7 jours est valable pour les ventes par correspondance et le démarchage à domicile. A moins d’avoir acheté votre poney à un témoin de Jéhovah qui frappait à votre porte ou sur un catalogue de VPC …

« J’ai acheté un cheval de 4 ans il y a six mois, mais maintenant je n’arrive pas à le gérer, je tombe tout le temps et j’aimerai le ramener. Il parait qu’il y a une loi qui dit qu’on peut rendre un cheval dans les 2 ans quand on l’achète à un professionnel … »

Alors pour commencer je vais revenir sur cette histoire de loi qui permet de ramener miraculeusement un cheval jusqu’à 2 ans après l’achat si celui ci ne convient pas. C’est le très gros raccourci d’un chemin très torturé, celui du Droit français. Car pour rendre un cheval il faut faire appel à la Loi. Prendre un avocat. Attendre. Attendre. Et attendre. Le cheval a maintenant 8 ans (j’exagère sans doute légèrement, mais le message subliminal est qu’il faut plutôt choisir le bon tout de suite et prendre les précautions nécessaires).

Sinon il suffirait d’aller acheter un crack-ounet (petit crack dans mon jargon), d’aller faire n’importe quoi avec juste pour le plaisir, et de le rendre dans les 2 ans parce qu’avec tous ces bons traitements, il est planté devant une croix ! Ou encore de s’entraîner au débourrage seul dans son jardin avec youtube comme ultime professeur sur des gentils 3 ans, qu’on rendra à 4 ans totalement déboussolés (oui il n’accepte pas encore le cavalier, car je tombe quand j’essaie de grimper, mais on a une super complicité, je lui ai appris la « kung-fu jambette », qu’il utilise fort bien, en visant la rotule.).

J’arrête là les exemples douteux. En fait cette fameuse « loi », n’est autre que la garantie de conformité, applicable depuis 2005 aux ventes de chevaux à des professionnels, puisqu’ils sont considérés comme bien-meubles, tel un aspirateur (je parle des chevaux, pas des professionnels, qui pourtant aspirent aussi à vendre leurs chevaux … hum!). Et oui il y a bien 2 ans pour se retourner, si on a la preuve que l’animal ne correspond pas à l’usage pour lequel il a été acheté. Ou s’il présente des problèmes de santé antérieurs à la vente. Encore faut-il avoir fait une visite vétérinaire …

Mais un particulier ne peut faire n’importe quoi non plus et vendre un mérens de 10 ans en faisant croire que c’est un frison poulain. Dans ce cas de figure on parle de vice de consentement ou dol, et vous avez 5 ans pour vous retourner contre le vendeur, dès la découverte du subterfuge : c’est bien le temps qu’il faut pour constater que le poulain n’a pas beaucoup grandit !

D’ailleurs si le contrat le prévoit ( attention : ceci est un tuyau pour les futés), la garantie des vices cachés permet à l’acheteur de rendre ou se faire rembourser une partie du prix de vente par le particulier en question, et ce jusqu’à 2 ans après découverte du vice. Prenons un exemple concret : vous achetez un poulain à un particulier, et vous vous rendez compte qu’il crache des flammes et a des pustules. Le vendeur n’avait pas vu que c’est le dragon du pré à coté qui avait saillie Nougatine, sa gentille shetland.  Vous vouliez faire de l’aqua-poney avec, votre projet tombe donc à l’eau. Il reprend Jason (oui c’était le nom du poulain).

On n’oublie pas les fameux vices rédhibitoires :  30 jours pour remarquer que votre cheval est frappé d’immobilité, ça devrait être suffisant, mais pour se rendre compte qu’il y voit comme une taupe borgne à gauche, ce n’est pas toujours aisé. Mais encore une fois si la visite vétérinaire est faite par un praticien honnête et compétent, vous devriez être à l’abri de l’anémie infectieuse, sinon il faudra se retourner contre ce dernier aussi. ( Les autres vices rédhibitoires)

Voilà donc les recours possibles, ils dépendent, votre esprit vif l’aura deviné, du CONTRAT de vente que vous avez fait, de la visite vétérinaire et éventuellement d’une expertise faite par un professionnel, pour prouver  que vous avez choisi un cheval qui correspond à votre niveau et à vos objectifs. Voilà pourquoi il est conseillé d’acheter un cheval sous l’œil averti d’un homme de cheval.

Mais justement je vais parler de la chose qui peut fâcher : la commission et le prix des chevaux.

Il est normal qu’un professionnel se fasse rémunérer lorsqu’il fait appel à son réseau et prend sur son temps personnel pour conseiller ses cavaliers. Les commissions sont donc monnaie courante si j’ose dire et s’élèvent habituellement à 10% du prix.

Seulement évidemment il y a des abus comme partout, et certains n’ont aucun scrupule à annoncer un prix qui double car ils ont fait l’effort immense de prendre leur téléphone pour appeler un vendeur (ou ami, ou complice). Et le vendeur d’être un peu coincé, car s’il refuse, l’intermédiaire saura débiner le cheval devant le client. Voire lui faire une telle publicité qu’il gardera tous ces chevaux sur les bras, et c’est assez lourd ! Là encore, c’est tout un art de trouver les personnes à qui l’on peut faire confiance.

Mais l’acheteur seul et sans solide connaissance est aussi une proie facile pour le vendeur, qui l’entend arriver de loin grâce au froufroutement de ses ailes (on aura deviné la subtile allusion au volatile gris de nos villes). « Bonjour, on cherche un cheval de concours niveau 130 pour notre fille de 13 ans qui a le galop 2 mais qui est vraiment très passionnée. Mais un jeune plutôt, pour qu’ils apprennent ensemble … » « Bonjour, je voudrais un entier espagnol parce que c’est trop beau et trop blanc, j’ai mon galop 1 quand même… « . Vu que la garantie de conformité s’applique dans ce cas, le professionnel averti préférera vous orienter sur un autre « produit », en meilleure adéquation avec votre niveau.

Je sais que certains me répondront :  » J’ai acheté mon premier cheval à 13 ans, j’y connaissais rien et tout s’est bien passé ». Certes mais il n’est pas tout de même pas raisonnable de pousser les gens à faire ce genre de choix. Mon éthique me l’interdit.

La dernière chose qu’il faut savoir, c’est que la carte d’immatriculation (ou carte de propriétaire) doit être reçue lors du paiement complet du cheval. Elle doit être remplie et signée au dos pour la renvoyer dans les 7 jours aux Haras Nationaux. Si le vendeur n’est pas le dernier propriétaire, il doit la faire remplir par ce dernier. Si elle est perdue vous serez quitte de vous délester de 110 euros pour faire un duplicata. Pour les chevaux étrangers, l’enregistrement vous coûtera entre 30 et 120 euros (voire 240 pour ceux dont le passeport n’est pas européen). Vous devez aussi avoir le document d’accompagnement (= son origine, son passeport).

Maintenant que vous êtes incollables sur les recours, essayez quand même de bien choisir votre compagnon, le but étant souvent de rester le maximum de temps ensemble (si possible jusqu’à la fin ….ah ! quelle incorrigible rêveuse je suis !)

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Publié le 19 février 2014, dans Réponses aux questions. Bookmarquez ce permalien. 4 Commentaires.

  1. MDR!!!!
    Petite histoire pour illustrer le contenu.
    En tant que particulier j’ai vendais un de mes chevaux après débourrage.
    Une jeune fille se présente; elle veut un PRE, PP, pour son futur bpjeps. Elle en veut un pas plus de 6ans pour le « finir » un peu à sa main. Elle aime surtout le dressage. Le mien correspond aux critères recherchés.
    Lors de la visite, je lui demande de faire tout elle même; mettre le licol, le brosser, curer etc.. Je suis un particulier mais honnête quand même. Pas question qu’elle ai de mauvaises surprises et je connais et suis sure de mon loulou.
    La voilà qui s’y met. Je suis étonnée; elle semble avoir du mal à mettre le ffilet alors que ma gamine à 13 ans y arrive (le cheval baisse la tête et ouvre seul la bouche habituellement. Si, SI véridique!). Ca commence mal. Pour les pieds, elle hésite; elle semble avoir peur alors qu’il est attaché, ne bouge pas une oreille. Je lui montre sur un antérieur et la laisse faire le reste. Elle place la selle trop en arrière… Elle a besoin d’un montoir. OK J’en improvise un avec une vielle chaise. Elle se hisse dessus. Rien à dire au montoir. Le loulou ne bouge pas.. Je veux qu’elle le monte devant moi. Et là, j’en reviens pas; elle a du mal à rester en selle, en perte d’équilibre quasi constant, les mains qui jouent les « petites marionnettes » discrètes… Les jambes dansent la polka, elle perds un étrier, n’arrive pas à le rechausser au pas a besoin de s’arrêter.Mon lou toujours tranquilou. Mais tout de même, quand elle repart mon équidus stupefactus ne comprend plus sur quel pied danser. Il a été hyper raisonabilus mon equidus. Il s’est « adapté » à sa cavalière et fait preuve d’une grande patience (et j’assume mon anthropomorphisme).
    Je lui rappelle quelques bases des accords des aides naturelles, qu’un cheval de dressage n’a pas besoin de grands renforts d’aides, qu’il obéit très bien à la voix et au poids du corps et je lui demande de « tester » mes propos,

    Bref. quand elle descend, je ne lui demande même pas si elle le prend; j’avais PEUR qu’elle le prenne (au vu de son niveau l’essai c’est bien passé); Ben oui, voir un cheval super gentil revenir planté par manque d’expérience de l’acheteur non merci. Je lui ai donc conseillé de se trouver un bon maître d’école, déjà mis au dressage. En lui rappelant qu’on peut aussi beaucoup progresser avec.

    Mon cheval s’est vendu à son prix peu de temps après. Son « acheteuse » n’en revenais pas de sa gentillesse et sa générosité!
    Moralité; aucune des deux parties ne gagne dans un achat mal réfléchi. L’acheteur à un cheval qui ne lui convient pas le vendeur doit « défendre sa réputation toujours sur un fil ténu » et risque de voir revenir à lui un cheval à la base super gentil complètement planté!
    Au-delà du contrat signé, de la loi, il y a la raison et aussi le contrat moral de chaque partie. On n’achète pas un cheval inapte à notre niveau. On ne vend pas un cheval inapte à l’usage prévu. J’en ai vendu 3. J’en ai encore des photos et des nouvelles régulièrement!

    • Excellent !! Je vais d’ailleurs faire un billet sur les essais..avec anecdotes plus ou moins gratifiantes !
      Je ne comprend pas pourquoi les acheteurs tentent toujours de gonfler leur niveau : ils finissent toujours par se faire démasquer. Bon après il y a ceux qui n’ont vraiment pas conscience de leur niveau ..qui s’auto proclament galop 7 pour la forme.
      Mais il est clair que pour le vendeur il vaut mieux vendre à la bonne personne, sinon les ennuis commencent !

  2. Excellent !
    Je cherche justement un cheval en ce moment et tes billets sont d une précieuse aide !
    Je ai découvert ton blog en cherchant des informations sur le bpjeps, il y a quelques temps. Depuis c est un réel plaisir de te lire. Et quel humour !
    Merci pour ces moment ludo-instructifs.
    Au plaisir de te lire

    Bonne continuation
    Charlotte

    • J’espère que tu vas trouver ton bonheur … et vite !
      Merci pour ton commentaire, ça me fait toujours plaisir (d’ailleurs faut que je me bouge pour taper mon prochain article là !)
      On aura une photo de l’heureux élu ?

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