Archives Mensuelles: janvier 2014

C’est la crise … d’ado?

Déjà du caractère ...

Déjà du caractère …

L’hiver est une saison à part pour les cavaliers, jonglant en fonction du temps pour adapter au mieux les sorties des chevaux. Une période qui émoustille nos équidés, pressés de se réchauffer avec quelques figures artistiques, peaufinant leur style suivant la chute des températures.

Pour certains c’est malheureusement aussi le fameux hiver (roulement de tambour )  … des cinq ans !

Rien qu’à ce mot, combien d’amateurs s’assombrissent, voire sont terrorisés, se remémorant cette sombre période du couple cheval/cavalier ? ( Ai-je réussi à évoquer le côté théâtral de la scène? On pourrait rajouter un vol de corbeaux et des chevaux qui hennissent, l’œil inquiet )

Cette fameuse « crise d’adolescence » existe-t-elle vraiment ? Est- ce un passage obligé ?

Sur les forum on rencontre beaucoup cette expression et elle est souvent liée à des problèmes d’éducation, ou de travail :

 » Mon jeune cheval met des coups de cul alors qu’il était très gentil à 3 ans, que dois-je faire ? « 

 » Je ne m’en sors plus avec mon 5 ans, j’en ai peur aidez moi « 

On peut se poser la question de savoir si ce n’est pas un manque de compétence qui a plutôt mené ces cavaliers dans l’impasse.

Mon equidus salegossitus a lui aussi beaucoup changé, mais il y a eu de nombreux facteurs extérieurs qui pouvaient l’expliquer : changements de pension, de façon de travailler, de coachs. Ce serait trop réducteur d’en tirer une conclusion. Pendant ma formation, je l’ai mis en pension box (pas vraiment le choix), il avait 4 ans et était relativement éteint. De fortes défenses pour travailler mais je les expliquerait plutôt par un travail non adapté, mon manque d’expérience à ce moment.  Surtout une faible confiance en moi, accentuée par un entourage dénué d’humour envers lui même, mais pas envers ma personne. Bref en le changeant de pension (ou il est passé au paddock la journée avec d’autres chevaux à côté), il a enfin pu s’exprimer. A mes dépends parfois, mais peu importe ! Un cheval joueur, vif, ayant une vie sociale qui s’est même mis à être un peu sur l’œil et dominant (sans excès non plus). L’influence du milieu est donc très forte dans son cas et peut avoir accompagner une affirmation du caractère.

J’ai donc demandé à des cavaliers professionnels et amateurs éclairés en jeunes chevaux leurs avis. Il y a effectivement un changement durant les premières années de dressage, entre 4 et 6 ans, caractérisé par une affirmation du caractère qui suit une prise de force physique. Géré avec doigté, cette période marquera la qualité du dressage qui suit. Réussir à s’imposer en douceur, sans braquer le cheval, composer avec son physique. Un timide peut devenir dominant, un mou peu devenir chaud …

Je me suis dit qu’il fallait creuser un peu pour y voir plus clair et j’ai tout d’abord compulsé mes livres à la recherche d’indices. Les auteurs dits classiques ne mentionnent pas cette période lorsqu’ils parlent du travail du jeune cheval. J’ai également survolé  » Psychologie du cheval » de M. Hontag, mais aucun signe d’une quelconque crise. Peut-être que pour des cavaliers spécialisés en jeune chevaux, cette phase est tellement normale pour eux qu’ils ne la soulignent même pas ? Que dresser un jeune c’est faire avec son évolution et qu’il n’y a pas à parler de « crise » , sauf quand les manquements du cavaliers auront donné au cheval des opportunités de prendre le dessus ?

Evidemment je vous entend déjà dire que j’ai omis de parler du jeune cheval au naturel et de la place dans le groupe. J’y viens !

Pour faire court, lorsqu’il atteint la maturité sexuelle (vers 2 ans pour les juments, un peu plus tard pour les mâles, toujours en retard !), le jeune est chassé du groupe par l’étalon en chef. Il est pas bête, il ne va pas engrosser ses filles, ni laisser ses fils le faire, question basique de consanguinité. On pourrait penser qu’ils sont prêts pour aller conquérir d’autres troupeaux, mais non ! Ils sont encore trop jeunes, n’ont pas fini leur développement physique (ni l’apprentissage social). Rappelons que le squelette finit sa consolidation vers 6/7 ans. Ils forment donc un groupe de « d’jeunes » et s’entraînent à la « baston »pour aller plus tard voler des juments ou défier un vieil étalon sur le retour, roulant avec trop d’assurance dans sa grosse décapotable. Les chevaux ont une hiérarchie bien plus complexe que le simple schéma : chef / les autres. Mais globalement c’est à partir de 5 ans qu’ils peuvent tenter leur chance pour conquérir un nouveau groupe.  Ce qui expliquerait peut être cette histoire d’affirmation que l’on rencontre en selle. Les juments devant aussi se choisir un groupe, et seule l’expérience lui apprendra à ne pas suivre le premier filou venu.

Nous tenons donc des informations capitales pour expliquer le fameux séisme que subit le cavalier inexpérimenté.

En achetant un 3 ans fraîchement débourré très gentil sous la selle, il ne sait pas forcément à quoi il sera confronté dans 2 ans, ni comment le gérer. Il y a aussi des cavaliers qui font passer tous les problèmes de comportement sous l’étendard de la « crise ».  Pratique pour éviter la remise en question mais catastrophique pour l’équilibre du poulain. On peut aussi douter de ce qu’on demande et du coup le cheval le sent.  Quand on est débordé, il faut faire appelle à un professionnel de confiance, et ce n’est pas une honte. Dresser des jeunes c’est un métier.

C’est pourquoi on dit souvent à « jeune cheval, vieux cavalier », la question étant pour le cavalier de savoir évaluer ses propres capacités correctement, mais là encore, pour finir en dicton : « Il est plus facile de voir la paille dans l’œil du voisin que la poutre dans le sien ».

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Avoir un cheval en main, ou sur le bout de la langue …

Un cheval bien en main ?

Un cheval bien en main ?

Me revoilà sur la toile après mon déménagement et quelques jours de vacances. Evidemment vu la date indiquée sur mon pc, il serait inconvenant de ne pas souhaiter une bonne année à tous.

J’aime bien vagabonder sur internet et lire les questions équestres des internautes. Qu’ils soient débutants ou confirmés, leurs questions ont souvent un rapport avec le travail « juste » du cheval et la mise sur la main.  Le sujet est vaste et très intéressant, mais quand je lis les réponses et les discussions houleuses qui s’en suivent, je suis par moment prise d’une grande lassitude.

Oui lassitude est le mot, le BON mot pour décrire l’état dans lequel me mettent ces discussions sans fin basées sur des définitions approximatives, des expériences personnelles très réduites et des certitudes parfois très étonnantes.

Prenons l’exemple de la mise sur la main. Question récurrente du cavalier de club en formation qui voit les  « forts » monter des chevaux au chanfrein vertical : « Qu’est ce qu’un cheval en place ? »

Jusqu’ici tout va bien (mais en fait non évidemment … )

Les réponses fusent, et là commence le défilé de bribes de connaissances, de mélanges de notions et de « moi dans mon club on me dit de faire comme ça ». Ensuite sur la façon de demander, chacun y va de son explication, de son cheval, de ce que dit le moniteur.

Ce qui m’étonne le plus c’est  que rares sont les gens qui donnent une définition concrète, celle que les moniteurs sont censés leur donner, s’ils s’en rappellent ( je vous conseille d’ailleurs de faire le test, très instructif …).

Où les trouver ? En formation pour le monitorat les définitions sont celles du Manuel d’Hippologie de la fédération française des sports équestres des éditions Lavauzelle et l’ouvrage du Général de Carpentry : Equitation Académique. La commission de dressage de la FFE actualise régulièrement les définitions. En voici quelques unes :

– Dans la catégorie  station ( position du cheval debout, immobile, supporté par les membres, pouvant être forcée ou libre ) :

Le placer :  le cheval repose sur ses quatre membres, les pieds deux à deux à la même hauteur, la tête et l’encoure soutenues.

Le rassembler : les postérieurs sont rapprochés du centre de gravité, ce qui diminue la base de sustentation ; la tête est ramenée sur l’encolure qui s’infléchit à son sommet.

– Dans la catégorie cheval en mouvement :

Cheval sur la main :  Mis dans l’impulsion par l’action des jambes du cavalier celui ci vient tendre également ses 2 rênes.

Cheval rond : On parle de rondeur lorsque la ligne du dessus prend une orientation concave vers le bas, le cheval donnant l’impression qu’il pourrait se délier vers l’avant et vers le bas sans tirer ni peser à la main, l’impulsion passant « par le dos ». Dans les cas contraire on parle d’attitude fausse, creuse, plaquée, ou de mauvaise orientation. (ex cheval au dessus de la main, gorge de pigeon, cheval enfermé)

Et la dernière, dont j’ai choisi une version donnée par le colonel Durand :

Cheval en main: Un cheval est dit en « main » quand les jarrets étant à leurs places, l’encolure plus ou moins soutenue et arrondie selon le degré de dressage et suivant l’étendue et le rassembler de l’allure, il manifeste une soumission avec un léger et moelleux contact de la bride et une décontraction totale. La tête doit rester fixe et en règle générale à peine en avant de la verticale , la nuque souple, et étant le point le plus haut de l’encolure, le cheval n’opposant aucune résistance à son cavalier.

Maintenant que les définitions officielles sont données, on peut argumenter, dire comment on s’y prend avec son cheval, dire qu’on est pas d’accord, ou le contraire, bref discuter. On comprend aussi que le terme « placer son cheval » est un léger abus de langage quand on l’utilise pour parler de la mise sur la main.

Je trouve qu’on oublie trop souvent d’utiliser le bon mot, la bonne définition pour discuter technique. Chacun a sa façon de faire, en fonction de son niveau, son vécu, ses rencontres, mais si on n’utilise pas les mêmes définitions pour discuter, comment arriver à échanger ?  Oui il y a une différence entre la mise sur la main, la mise en main, un cheval rond. Après il existe différentes façons d’arriver au même but, en fonction encore de son niveau, du cheval.

D’ailleurs pour la façon d’y arriver, chacun y va de son : « moi je met les mains comme ça », « moi je met un pli comme ça », « moi je joue dans mes doigts, « attention faut pas oublier l’impulsion » etc

Personne ne parle de l’équilibre du cavalier ! On parle de celui du cheval, de l’engagement des postérieurs, du dos … mais qu’en est-il de l’équilibre du cavalier? Sans être fixe et liant, totalement maître de son équilibre, impossible de demande de la fixité à un cheval, aussi dressé soit-il. L’obsession pour la tête à la verticale est donc une aberration  pour un cavalier en apprentissage de son propre équilibre, surtout quand on cède trop vite aux sirènes des enrênements …