Archives Mensuelles: janvier 2014

Les coachs-gourous et leurs disciples

Pour ne pas vous transformer, restez avisés !

Pour ne pas vous transformer, restez avisés !

Préambule : Je vais utiliser ici plusieurs anglicismes qui sont très à la mode et m’en excuse à l’avance. Je vais utiliser le terme « coach » pour l’instant, et j’expliquerai plus en détail les subtilités des termes officiels pour désigner un enseignant d’équitation dans un prochain article.

Combien d’entre nous fraîchement propriétaires, ont eu quelques errements avant de trouver entraineur à leur pied ?

Avoir un cheval et faire du concours (ou pas !) c’est le rêve de beaucoup de cavaliers et lorsqu’il se réalise, la responsabilité d’un tel animal rend parfois fébrile. Vous rêvez pour lui d’une vie heureuse, avec vos idéaux (pension box/pré, pour d’autres pré) allant de pair si possible avec votre portefeuille. Le nouveau propriétaire a des projets plein la tête, pas toujours abordables pour certains (comme sortir en amateur 1 dressage avec un galop 4 et un poulain). Mais la peur de mal faire, de le blesser, de ne pas voir un signe de maladie prennent parfois le pas sur la sérénité et la distance avec les situations quotidiennes.  Vous devenez ainsi une proie facile. Une proie ? Oui !

C’est à ce moment qu’entre en scène notre gourou. Son savoir parait illimité, le ton est doctrinal. Il peut parfois être bon cavalier, mais souvent il ne me monte même plus. Il vous promet qu’avec son savoir ancestral vous parviendrez forcément à réaliser vos rêves (alors que si ça se trouve vous n’êtes pas doué et que vous n’ enchainerez jamais plus d’1.10m, mais bon c’est la vie et ce n’est pas pour autant que vous ne formerez pas un couple sympa avec votre equidus nouvelacquisitus).

Il amène les choses avec une telle logique implacable que vous finissez par le croire et vous vous éloignez de vos idéaux : « Les chevaux de sport ont une force explosive, que l’on manipule pour sauter, et les mettre au pré c’est perdre cette énergie ». J’ai même vu des propriétaires se plaindre car ils venaient monter et que leurs chevaux avaient été mis au pré par erreur une heure dans la journée ! Le cheval aurait été ainsi sorti 1h30 dans la même journée, quelle horreur ! Quelle perte d’énergie vitale !  Je rassure la foule, ce cheval en question a quand même réussi à prendre la main de son propriétaire galop 4, preuve que l’énergie n’était pas totalement partie en fumée …

Notre gourou préfère quand même s’en prendre directement à l’humain pour asseoir son autorité fleurissante (oui elle fleurit, c’est joli et vous ne voyez rien venir). A l’aide d’un subtil mélange de remarques positives et de comparaisons désobligeantes, il malmène votre confiance en vous. Vous êtes donc nuls et votre salut viendra de lui pour ne pas sombrer dans la dépression équestre. D’autant plus qu’à l’entendre, il n’y a aucun entraineur à la ronde qui lui arrive à la cheville : les autres cavaliers sont dans l’ignorance voire même en danger ! Vous finissez par vous en auto-persuader, vous focalisez sur la georgette du club voisin, et vous ne voyez même pas qu’ils raflent le podium (vous êtes partis assez vite car vous êtes éliminé, mais c’est normal, vous, vous ne montez pas un cheval facile, alors que les autres ils sont tous assis sur un chèque).  Si vraiment vous commencez à douter, il sortira la grosse artillerie sentimentale : vous êtes un membre apprécié de cette belle famille, il vous aime beaucoup (snif-tiens-prend-un-mouchoir). Il y a aussi la version financière : « les temps sont durs en ce moment,  c’est pour ça que Mouki n’a plus de foin mais c’est passager ne t’inquiète pas » (allez-viens-on-va-fêter-ça-au-restau)

Un « coach » faisant le « show » au milieu du paddock,  vociférant des ordres agressifs, entamant des « combats » de regards pour monter l’oxer avant les autres …

Les cavaliers totalement conquis qui pourraient aller sauter les yeux fermés un oxer à l’envers à sa demande.

C’est beau ! Tant d’abnégation de la part du cavalier.

On a parfois l’impression de voir la secte Richnou et skippy le grand gourou.

C’est comme ça qu’on trouve sur les forums des cavaliers encore « sonnés », venant raconter que leur cheval  a perdu 100 kg en 6 mois et qu’ils n’ont pas su réagir à temps.  Ou qu’ils ont monté pendant un an avec divers enrênements et mors sévères, avant de se rendre compte que leur cheval souffrait véritablement du dos.  Ou encore qu’ils ont maintenant une peur panique à la vue d’une barre suite à un panache sur une épreuve qu’ils ne maîtrisaient pas.

Comment échapper à  une  « sectécurie » ?

Choisissez un endroit en accord avec  vos idées, restez objectifs et continuez de vous informer.  Distinguer faire confiance et suivre les yeux fermés.  Il faut avoir confiance en son entraîneur,  sentir qu’il ne vous fera pas prendre des risques inutiles pour briller aux yeux du public.

Il existe de nombreux coachs passionnés, qui n’ont rien à prouver à cheval (ce sont souvent eux les meilleurs) et qui n’ont pas besoin de soigner leurs ego surdimensionnés en endoctrinant leurs cavaliers ! Il y a des cavaliers qui aiment les chevaux et font attention à leurs élèves, n’oubliant pas la notion de plaisir.

Ps : Pour équilibrer ce blog, je ferai aussi un article sur les propriétaires-boulets. Parce qu’il est facile de critiquer les gérants d’écurie/moniteurs/entraineurs sans se remettre en question…

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La fashion martingale

Peneloppe : il est plus facile de copier son style que son équitation !

Peneloppe : il est plus facile de copier son style que son équitation !

On m’a posé une question sur un forum. Je l’ai trouvée très intéressante et en plus elle m’a fait rire, la voici dans sa totalité :

Salut,
J’ai une question, un truc qui me turlupine…
Voilà hier pour la première fois j’ai mis une martingale à anneaux à mon cheval sur les conseils de mon coach.
Je n’ai pas de martingale toute simple alors j’ai mis un collier de chasse avec martingale dont je dispose.
Et là paf… je ne peux m’empêcher d’admirer le « look ».
Je trouve que ce « détail » change beaucoup esthétiquement, que ça donne une touche vraiment sport à mon bouc. Je n’ai pas besoin de collier de chasse autrement que pour fixer la martingale, la selle lui va comme un gant vu que qu’elle a été faite pour lui mais voilà il est canon ! Alors voilà, après avoir résisté à la mode des muserolles croisée, aux moumoutes à tout va… Suis-je en train de passer du côté obscur ?

Est-ce mal d’avoir un collier de chasse qui ne sert à rien qu’à rendre mon cheval plus beau?

Sinon outre cette question existentielle de tuning, j’ai une question pratique qui me vient aussi.
Plus ou moins récemment j’ai vu apparaître des variantes comme par exemple :

Martingale pleine :

Martingale élastique :
Fourche_martingale_elastique
Question : est-ce un véritable progrès ou juste une diversification marketing ?
Peut-être qu’après avoir fait le point sur les muserolles, Equidus Stupidus pourrait nous éclairer niveau martingales ?

C’est-y pas bien tourné ?

Je m’attelle donc à la réponse (avec 2 mois de retard, mais ça n’étonnera pas ceux qui me connaissent).

D’abord pourquoi la martingale comme symbole ultime du cavalier de sport ?

Réponse brève : parce que la plupart des cavaliers que l’on voit en Grand Prix CSO à la télévision en ont !

Du coup le cheval à martingale donne cette impression qu’il sort d’un tour à 160, la crinière taillée au millimètre, avec une cavalière qui a encore le brushing impeccable après avoir enlevé son casque à la remise des prix.

La réalité de l’amateur est souvent tout autre malheureusement …

Cheval avec une tache d’urine indélébile ( un gris d’amateur, Cornet Obolenski est immaculé lui …), un tour à 110 à 12 points, une cavalière qui a l’air d’avoir fait le marathon de New York … mais la martingale est là et sauve les apparences, ouf !

A quoi sert-elle exactement d’ailleurs? Pourquoi on en voit autant à haut niveau ?

La martingale a un effet limitatif du port de tête puisqu’elle appuie sur les barres du cheval en cas de coup de tête vers le haut.

On peut se demander pourquoi les grands cavaliers en mettent autant puisqu’ils sont censés savoir monter d’une part, sur des chevaux très bien dressés d’autre part. Mais la réalité du concours (vitesse et hauteur à ces niveaux) poussent les chevaux dans leurs retranchements et il est difficile d’aborder un triple à 150 en regardant son cheval dans les yeux. La martingale recadre donc le cheval vers la main pour remettre en ordre plus vite. On peut donc discuter de la bienséance de faire subir tout ça à des chevaux qui n’ont rien demandé, mais ce n’est pas le sujet du jour, car on va voir que ce n’est pas parce qu’on se contente de faire des 110 qu’on est plus gentil avec nos quadrupèdes préférés.

Du coup, la martingale ça fait classe, ça fait concours et si on rajoute le collier de chasse ( inutile dans la plupart des cas si la selle est adaptée, et peut bloquer les épaules s’il est mal adapté), on est au top !

Mais vu que l’amateur ne monte pas tel Marcus Ehning (ou seulement la nuit dans son sommeil …), on peut imputer à son équitation les grands coups de tête, défenses et autres joyeusetés qu’il subit pendant ses tours. Soit son cheval manque de dressage et d’équilibre, soit ses actions de mains sont intempestives. Du coup notre equidus jesubitmonamateurus se voit doublement puni : la faute de main suivie de l’action martingalesque ( j’invente des mots pour ne pas écrire martingale 15 fois ).

Bien sûr je caricature, tous les amateurs ne montent pas comme des billes, et certains chevaux sont très délicats. Mais il faut quand même vérifier que le check-up vétérinaire est ok, que le cheval est travaillé dans le bon sens avant d’envisager de rajouter des ficelles, dont l’action peut braquer certains chevaux sensibles.

C’est là qu’interviennent nos amies les martingales à élastiques. Le nom parle de lui même : l’élastique amortit l’action sur la bouche, la rendant plus supportable pour les sensibles.

Celles qui sont pleines agissent différemment : elles ont été conçues pour éviter que l’ equidus enervus n’attrape une des branches avec la bouche (oui c’est possible et c’est pas beau à voir). En plus elles viennent se plaquer contre l’encolure quand ils lèvent la tête, donc amortissent un peu. Et enfin : elles améliorent l’effet « couloir de rênes », pour le cavalier qui tourne en tirant un grand coup sur la rêne intérieure. Ou celui qui tire pour reprendre sur une rêne. Celle ci « rattrape » donc un peu les erreurs de mains, qui sont les plus dévastatrices. Encore faut-il qu’elle soit bien réglée : cheval au repos, on doit pouvoir amener l’anneau à la jointure de la ganache et de la gorge. On en voit tellement qui sont trop courtes …

Ces fashion martingales ne sont donc pas uniquement des inventions marketing, mais elles ne règlent pas tout. Mieux vaut avoir un cheval tout nu bien monté et dressé sur son tour, qu’une bête de mode bizarrement pilotée.

Pour finir de répondre à la question : oui tu es passée du côté obscur, oui ton collier de chasse est un élément de pur tuning, mais à partir du moment ou tu le sais et qu’il ne gêne pas ton equidus stylistus, un peu de coquetterie te donnera peut-être l’esprit du champion ?