Archives Mensuelles: décembre 2013

Je suis BPJEPS mais je me soigne

Lecture de L’EPERON de décembre 91… Il y a 20 ans on s’inquiétait déjà du niveau des moniteurs et de la réforme des galops. Si ça fait 20 ans que les moniteurs sont de plus en plus nuls bientôt on devrait donc toucher le fond … ?

Pour les BPJEPS, le constat est le même, où que j’aille j’entend les cavaliers et  professionnels parler du niveau catastrophique des moniteurs diplômés depuis 2003.  Je fais moi même partie de cette espèce décriée  et je comprend les griefs parfois justifiés de nos détracteurs. Cours déstructurés, distances à l’obstacle approximatives, dispositifs dangereux, certains moniteurs n’ont peur de rien et n’allez surtout pas leur parler de plan de formation, mot barbare qui voudrait dire qu’ils travaillent leurs cours à l’avance afin d’optimiser la progression de leurs élèves dans la sécurité. La liste est longue, surtout quand on voit certains fraîchement diplômés d’à peine 20 ans ne doutant pas un seul instant de leur qualité à cheval ( ils se sont péniblement hissés dans les limbes du classement d’une 120, l’ultime Graal ! ), venir demander comment muscler un cheval.

Mais d’abord récapitulons un peu les choses et rétablissons la vérité parmi quelque lieux communs:

– Les BPJEPS sont pris en formation à partir du galop 4 : n’exagérons pas ! Même si galop 5 peut tout à fait faire l’affaire, il est requis au moins le galop 6 pour rentrer en formation , suivi d’une série de tests sur le plat, l’obstacle et le travail à pied.

Mais c’est à la discrétion du centre formateur, voici le texte officiel:

N.B. aucun diplôme équestre n’est requis pour se présenter aux sessions d’évaluation des exigences préalables. Mais le formateur a
le loisir de poser ses propres conditions d’entrée en formation dans son établissement et pour cela le centre de formation peut
réaliser des tests d’entrée indépendamment des exigences réglementaires préalables à l’entrée en formation (VEP).

– Les BPJEPS ont des tests de sortie ridicules, ils sautent 1 m en parcours et ont une reprise de dressage de niveau inférieure au galop 7.  Pour la reprise de dressage du galop 7, les textes officiels proposent les difficultés suivantes: cession à la jambe au trot, galop à droite/trot/galop à gauche, épaules en dedans aux 2 mains. On rajoute à l’examen BPJEPS la tête au mur et le changement de pied de ferme à ferme. Pour l’obstacle, le but n’est pas d’enchaîner un parcours à 1.05/1.10m, mais d’expliquer techniquement la qualité de la prestation et de donner des propositions d’exercices pour l’améliorer. C’est la seconde partie qui pose le plus de problèmes aux stagiaires …

Voilà pour les demandes officielles. Je rappelle qu’au BEES 1, on ne demandait à enchaîner 120 qu’aux cavaliers ayant pris l’option CSO, les autres faisaient un parcours à 1.05/1.10m.

La réalité de la formation BPJEPS consiste le plus souvent à exécuter les taches dites « ingrates » dans les centres équestres tuteurs: faire les boxes, les cours baby poney et shetlands et les débutants. Lâchés le plus vite possible en autonomie  pour délester les tuteurs et leurs salariés de ces cours, qui pourtant ne sont pas les plus faciles à gérer, que ce soit pour la sécurité des élèves mais aussi la construction de bases solides pour leur équitation future. Peu importe que cette formation dure un an ou deux pour la plupart des clubs, vu qu’ils bénéficieront d’une nouvelle « fournée » l’année suivante. OUF ! Les stages d’été seront donc assurés !

Les jeunes apprentis sont souvent stressés par les examens et ont peur de rater le fameux sésame qui leur permettra de s’asseoir au milieu de la carrière pour dire :  « Enlevez vos étriers, on va sauter .. ah ! ah ! je rigole  »

Mais je les rassure, les financements  dépendent du nombre d’élèves qui rentrent mais aussi sortent diplômés. Il n’est donc pas vraiment intéressant pour les formateurs de « planter » les futurs moniteurs, car l’année suivante ils en auront moins pris en charge pour s’occuper des cours baby poney. Mauvais plan de planter!

C’est donc avec 95% de réussite que les bébés moniteurs quittent le nid pour s’envoler vers le vaste marché du travail (ceci est un oxymore bien évidemment … )

C’est là que la réalité du marché saturé du travail les rattrape. Les écuries fleurissent, mais les postes à temps plein sont rares. Les écuries installées souffrant de la prolifération des écoles d’équitation et du manque de sérieux de certains moniteurs, réduisent leurs effectifs. Pourtant chaque année de plus en plus de moniteurs sont lâchés dans le monde équestre ( l’activité de formation étant lucrative … ).

Maintenant vous allez me dire « C’est normal qu’ils ne trouvent pas de travail  ils sortent en concours club, comment veux -tu qu’ils apprennent à monter aux élèves s’ils ont le même niveau? ».

Alors certes, il est difficile de coacher  un amateur quand on a soit même un niveau inférieur sur le papier (pas les mêmes chevaux peut-être, ni les mêmes moyens pour sortir en concours?). Mais là n’est pas la question puisque les prérogatives du BPJEPS s’arrêtent au niveau amateur 4. Si vous voulez être entraînés pour aller en amateur, prenez un instructeur !

Mais de toute façon on parle souvent de manque de technique alors que la politique de la FFE ne va pas vraiment dans ce sens. Les clubs doivent attirer le client, ils essaient de le séduire avec des pratiques de plus en plus ludiques, de moins en moins techniques. Combien de fois ai-je entendu qu’on doit proposer un loisir, les enfants viennent pour se détendre, s’amuser.  Et c’est vrai qu’à la moindre « boulette », comme un galop non validé malgré un stage payé, ils partent chez le voisin. Certes il existe des moyens ludiques pour proposer une équitation construite, mais la formation reste assez légère pour être vraiment pointue.

Les gens critiquent le niveau des moniteurs, mais ces derniers sont tenus de jouer les Chantal Goya dans la carrière et animer les goûters d’anniversaire. Un cavalier sortant en 130 tous les week-end (qu’il n’aura plus de disponible par ailleurs) se pliera-t-il à ce jeu longtemps pour un salaire de 80% du smic (s’il n’est pas à temps plein bien sûr)?

Au milieu de ce tableau un peu noir où le serpent se mord la queue, il y existe des moniteurs motivés, pédagogues et techniciens. D’ailleurs il y a aussi des BEES 1 qui sont nuls. Et ceux qui prônent un discours nostalgique des années où l’on souffrait en mise en selle sous les ordres du moniteur sévère seraient étonnés de la vitesse à laquelle on perd des clients avec ces méthodes un peu musclées.

Il est facile de pester contre le niveau médiocre des moniteurs, mais on peut aussi en changer et trouver des gens compétents, car il en existe encore plein, mais cela a souvent un prix, celui de la qualité. Même s’il est difficile de juger d’un enseignant quand on commence à monter et que les parents sont souvent abusés par les phrases enjôleuses de certains moniteurs distribuant leurs galops avec générosité tout en pérorant sur leur talent .

« Je sortais en compétition » (les clients ne connaissent pas FFE compet), « Je suis juge de dressage » (ils entendent « je monte en st Georges »), et le fameux : je saute 1 mètre devant les galops 1 ébaïs sans le casque tellement je suis fort

Il y a des moniteurs qui continuent de se former, de travailler et gardent la motivation pour transmettre ce qu’ils aiment, malgré l’harmonisation des diplômes et les craintes d’augmentation de la T.V.A..

A vous de les trouver!

Les rênes allemandes

Ca fait trop pro, qui aura le droit d'en mettre tellement ça fait cool?

Ca fait trop pro, qui aura le droit d’en mettre tellement ça fait cool?

Retour aux choses sérieuses j’ai envie aujourd’hui de parler des rênes allemandes, instrument controversé, mais que l’on voit pas mal, que ce soit en amateur ou à haut niveau. Mais surtout la chose que j’entend le plus avec ces RA c’est: « ah ouai les RA c’est hyper délicat, faut vraiment pas les mettre dans toutes les mains, faut savoir doser »

Ce qui confère à la personne qui a dit ça une sorte de sésame magique: celui d’avoir le droit de mettre des RA, car LUI il sait les utiliser, pas comme les autres… Les RA seraient donc un gage de pro-itude chez les cavaliers novices!

Les rênes allemandes ou coulissantes ont un  effet abaisseur:  elles exercent une pression sur les barres  pour empêcher le cheval de s’ouvrir, voire lui ramener le chanfrein à la verticale. Le cavalier tente par ce moyen de mettre le cheval en main ou en extension d’encolure selon le besoin.

Définition officielle de la mise en main: « C’est la décontraction de la bouche et de la nuque dans l’attitude du ramener, l’encolure étant plus ou moins soutenue et arrondie, selon le degré de dressage et suivant l’amplitude de l’allure. La tête doit rester fixe et, en règle générale, le chanfrein légèrement en avant de la verticale, la nuque souple restant le point le plus haut de l’encolure. »

Déjà on parle de décontraction ce qui est assez compliqué à obtenir quand on force l’animal.

Le deuxième point est que cette mise en main ne peut se faire que sur un cheval « prêt » physiquement: impulsion, dos souple qui laisse passer le mouvement et permet au garrot de monter , contact accepté grâce à une main moelleuse.

Je ne comprend donc pas les cavaliers qui mettent des RA sur des chevaux complètement dé-musclés, au dos creux ou aillant peur du contact. Il en ressortira contractions et douleurs. De plus un jeune cheval ne peut soutenir une attitude de travail étendue plus de quelques minutes au début, raison pour laquelle dans 80% des cas il cherche à sortir de la main. Il faut donc faire des pauses régulières.

J’ai cet exemple de propriétaire niveau galop 3 totalement désespérée par son cheval dé-musclé, avec des problèmes de hanches à qui on a conseillé de mettre des RA pour le re-muscler et lui apprendre à se mettre en place. Le cheval étant complètement enfermé dans son enrênement, sur les épaules, trébuchant encore plus..

Mais la mode est aux chevaux complètements enfermés, chanfrein rentré, nuque cassée, c’est un critère d’esthétique qui fait rêver les cavaliers de club. Combien j’en ai entendu dire « il monte trop bien lui » en voyant un cavalier pleins bras sur son cheval la tête rentrée dans le poitrail. On en voit sur des carrés de dressage et certains forum en font l’apologie:

Il semblerait que ce soit une bonne attitude pour certains.

Il semblerait que ce soit une bonne attitude pour certains.

Certains cavaliers professionnels les utilisent aussi pour contenir des chevaux trop bouillonnants, ou de façon limitative, pour gagner du temps. Je met tout de même en garde les cavaliers qui voudraient les essayer de façon un peu trop « cavalière », certains chevaux ne supportent pas cette contrainte et le montrent de façon parfois explosive, jusqu’à se mettre debout très fort.

La seule utilisation que je leur ai trouvées pour mon equidus facétius est à la longe, pour lui soumettre l’idée de tenter la fabuleuse extension d’encolure et non pas pour le « placer’. Réglées très lâches pour lui permettre de relever la tête en cas de pokemon cachés derrière des arbres ou simplement de fatigue musculaire, c’est le seul enrênement qui l’a aidé à étirer son dos, le nez vers l’avant. Attention qu’il ne se prenne pas les sabots dedans, style rôti du dimanche. Maintenant je ne les met plus, il a compris l’exercice et je ne souhaite pas le coincer de toute façon 20 min dans la même position. Je suis claustrophe, un soutien gorge trop serré et c’est le drame, je ne fais donc pas subir la même chose. J’avais essayé le gogue (trop plaqué, contracté), le pessoa (contraction maximale, violentes défenses), les élastiques (il s’appuyait dessus). Sachant que l’extension d’encolure n’était absolument pas une attitude naturelle pour lui, il manquait de dos et se trouvait ravi de porter la tête en l’air.

Je ne suis pas fan des artifices, quels qu’ils soient et des contraintes trop fortes pour le cheval.  Je pense que cet instrument peut être utilisé de façon sporadique, pour tenter de régler un problème précis, mais avec  un cavalier qui sait s’en servir…reste à savoir ce qu’est un cavalier qui sait monter en RA, là est tout le problème..